Cinéma: « Majnoun » de Hazem Berrabah, un film chorégraphique

Parmi les œuvres les plus récentes du cinéma tunisien, « Majnoun » de Hazem Berrabah occupe une place à part.

Ce film est un vibrant hommage à la danse et au corps, une véritable chorégraphie qui s’inspire librement de « Majnoun Layla » et du « Fou d’Elsa ».

Ce film est autant porté par l’image rigoureuse de Hazem Berrabah que la chorégraphie créée par Elsa Pernot et interprétée par Sarath Amarasingam.

Regard sur le corps, éloge de la danse, ce film tient du poème visuel. Un danseur évolue seul dans un lieu de l’absence, un village entre confinement et désert.

Le corps épuisé, ce danseur est à la recherche de l’amante disparue. La danse devient une quête où la métaphysique n’est jamais bien loin.

Programmée au B7L9 on line, ce film est une fenêtre ouverte sur l’oeuvre de Hazem Berrabah et la poésie qui émane de son cinéma.

Artiste pluridisciplinaire, Hazem Berrabeh travaille sur tous les fronts. Ainsi, il n’hésite pas à passer derrière les consoles et s’est fait connaître comme DJ producteur. Mixant les chants berbères avec des rythmes africains, il est au coeur de la tendance afro-house dont le caractère festif a poussé Berrabah vers les sommets de la scène électronique régionale.

Il ne s’agit là que de l’une des nombreuses cordes à l’arc de ce touche-à-tout qui n’hésite devant aucune aventure artistique. C’est au cinéma que Berrabah s’est le mieux fait connaître. Dans ce domaine, il a évolué dans tous les postes de chef-électricien à réalisateur.

Après des études à l’école supérieure d’études cinématographiques et à la Sorbonne, il a multiplié les expériences à la télévision et au cinéma, avec une prédilection pour le documentaire et le film expérimental sous tous ses aspects.

Hazem Berrabah

Photographe, il n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de capturer des corps en mouvement. La danse est en ce sens l’un de ses prés carrés. Son film « Majnoun » en témoigne amplement.

Réalisée en 2012, cette oeuvre a connu un succès remarquable et a été vue dans une dizaine de festivals. Ce film a été propulsé dès sa sortie en 2012 et a pu ensuite être apprécié en Europe et en Amérique.

Consacrée à la danse, cette fiction expérimentale est dans le droit fil des soucis esthétiques de Berrabah qui avait alors à son actif deux films dont notamment « La caravane de l’erg » qui a connu une vaste diffusion grâce à TV5.

Depuis ses débuts, l’univers de Hazem Berrabah a oscillé entre le documentaire et la danse. Dans « La jeune fille et la mort », l’une de ses premières expérimentations, il entame en effet une réflexion sur la danse, portée ici par une installation d’art qui a été notamment présentée à Dubai.

Il poursuivra plus tard ce chemin dans « Mejnoun ». Dans ce film, Mejnoun part à la recherche de celle qui a disparu aux portes du désert. Entre absence, désir et extase, Hazem Berrabah nous offre un poème visuel des plus délicats.

Entre temps, il multipliera les collaborations. En tant que directeur photo, Hazem Berrabah est l’un des artistes les plus consensuels. Il a beaucoup tourné par exemple avec Naceur Khemir, Mohamed Ben Attia ou Nejib Belkadhi. Sur un autre plan, il a participé à plus d’une centaine de films publicitaires.

Mais, immuablement, il revient vers le documentaire, comme s’il restait affectivement lié au parcours de son père, Abdelmalek Berrabah, réalisateur fort connu en Tunisie.

Parmi ses films, « Arich, le jeune homme de Byrsa » vient d’être projeté dans le cadre de la diffusion en ligne opérée par la station d’art B7L9. Ce film documentaire instille beaucoup de poésie dans ce qui n’est d’abord qu’un reportage.

Entre art et savoir, cette oeuvre ressuscite un jeune homme de 2600 ans et suit une expérience portée par Leila Sebai, Sihem Rodesli et Elisabeth Daynès qui se sont associées pour faire renaître un Carthaginois dont les ossements avaient été découverts lors d’une campagne de travaux.

Soutenu par une composition musicale de Cedric Perras, le film de Hazem Berrabah est un condensé de la démarche de ce réalisateur qui sait faire surgir la dimension esthétique de ce qui au départ n’était qu’un simple reportage. A lui seul, ce film qui a été vu par plus de 300 spectateurs en quelques jours, résume la quintessence de la démarche cinématographique de Berrabah.

Artiste dans l’âme, c’est la poésie, la beauté et l’originalité qu’il débusque dans chaque image qu’il construit patiemment. Hazem Berrabah est ainsi: il quête le beau et le signifiant, sait les trouver et les mettre en synergie puis continue à modeler les images d’un cinéma qui compte.

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