Témoignage : Un passager arrivé hier d’Istanbul raconte

Témoignage : Un passager arrivé hier d’Istanbul raconte

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Voici le témoignage clair et édifiant de Hassen Mezouar, pilote tunisien travaillant en Afrique de l’est et rapatrié hier, en provenance d’Istanbul.

Dans deux posts successifs publiés dans la nuit sur les réseaux sociaux, Hassen Mezouar revient sur les conditions de son arrivée à Tunis et sur son arrivée ensuite dans un hôtel de quarantaine à Sousse.

Un récit qui vaut mille reportages.

Le vol des pestiférés

« Je suis arrivé il y a plus de trois heures sur le vol des « pestiférés » d’Istanbul. Autant l’attente à l’aéroport d’Istanbul était longue (deux nuits), inconfortable et stressante (incertitude quant à la programmation d’un vol), autant je supportais cela en me félicitant d’être enfin chez moi, parmi les miens.

En auto-confinement

Je suis venu, je le rappelle a ceux qui me le « reprocheraient », sur la recommandation de notre ambassadeur au Kenya, de rentrer au plus vite.

C’était sans compter avec la pression facebookienne et au comportement de certains « rapatriés » qui nous a valu l’honneur d’avoir le parquet de Tunis et des policiers armés jusqu’aux dents à notre accueil.

Habitué, de par ma profession, à considérer l’aéroport de Tunis Carthage comme mon lieu de travail, mon second chez moi, je m’y suis retrouvé, ainsi que les autres passagers, réduit à l’état de vulgaires criminels.

Je vous passe les détails de la décontamination humiliante (mais sûrement nécessaire ?!), au pulvérisateur, en file indienne et du traitement policier que j’ai accepté bon gré mal gré.

Aller en confinement. D’accord. Mais qu’on nous conduise dans des bus à l’arrêt pour une période indéterminée.

Sans la moindre clarification

Ensuite, démarrer escortés, sans mot dire, sans la moindre clarification sur notre destination finale est à même d’ébranler la force et la sérénité des plus téméraires d’entre nous.

On lâche enfin le mot magique « Sousse » ça sera notre destination. Entre temps, on est en train de voir sur Facebook que des émeutes éclatent devant l’hôtel supposé nous abriter.

La police intervient à coup de gaz lacrymogène !!! Le bus s’arrête sans qu’on nous dise, encore une fois, un seul mot.

L’attente

J’attends. Je vous avoue, mes amis, que pour la première fois, j’ai peur pour mon intégrité physique et pour ma santé. J’ai comme l’impression qu’on nous sacrifie pour satisfaire la horde qui jure notre perte.

Aucune précaution n’est prise pour préserver notre santé. Parce que nous sommes tous malades et condamnés pour eux de toutes façons.

il y a des personnes âgées avec nous, des enfants. Nous n’avons pas mangé. Nous n’avons pas eu droit à un verre d’eau. Les gens ont faim et soif. Je n’exagère rien.

Un roman de Kafka

Ce virus nous déshumanisera, c’était prévisible, mais dans quelles proportions encore ! Où nous emmènent-ils ? Dans quelles conditions ? Ce que je vis avec les autres passagers est digne d’un roman de Kafka.

Je vous prends à témoin ».

PS : Si vous vous posez la question : il n’y avait pas de « dawa3ech » sur notre vol. Il n’y avait que des petites familles et des couples tunisiens en visite « shopping » à Istanbul.

Deuxième post, quelques heures plus tard !

« Je vous remercie pour vos témoignages de sympathie. Finalement on ne nous pas conduit à l’hôtel où la foule nous préparait un accueil assez « chaleureux ».

On nous a emmené à un autre hôtel. Je ne m’attarderai pas sur l’état des chambres car on n’est pas à « l’hôtel » n’est ce pas ? Mais en isolement.

Une équipe d’étudiants en médecine (volontaires) nous a accueilli pour nous expliquer que nous devions loger deux par deux. En isolement dites-vous !

J’ai bien entendu refusé. J’ai fait valoir que je préférais encore dormir en prison ( car la police est là dehors, prête à sauter sur le premier récalcitrant).

Finalement, j’ai eu gain de cause. J’ai ma chambre. On m a expliqué comment ça va se passer. Je tiendrai le coup c’est sûr ! Si tout va bien.
Et les autres dites-vous ? Ont-ils accepté ? Je ne saurai vous dire. Je suis désormais en isolement ». – Hassen Mezouar

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