Editorial | La Tunisie a voté…

La Tunisie s’éveille ce matin avec des indices officieux, en attendant la proclamation officielle des résultats du scrutin de la présidentielle, demain ou, au plus tard, mercredi, puis les résultats définitifs après l’écoulement des délais des éventuels recours que pourraient introduire un ou des candidats.

Ce matin, certains candidats vont avoir du mal à retrouver leurs esprits. Ils se réveilleront, avec une grosse migraine, surtout ceux qui pensaient avoir une chance de se mêler à la course ou qui verraient tous leurs rêves de puissance s’écrouler.

Cependant, la Tunisie risque, aussi, de s’éveiller avec la peur au ventre de devoir choisir entre deux candidats populistes qui ont été montés en épingle par les forces rétrogrades qui foisonnent dans le pays. Ce serait un véritable drame pour notre pays qui aura à vivre un nouveau cauchemar de cinq ans.

Mais et indépendamment de tous ces scenarii, tous possibles dans un paysage politique fragmenté, il convient de relever que l’expérience démocratique marque des points dans notre pays malgré la persistance de plusieurs aspects négatifs.

Les aspects positifs ne manquent pas comme le déroulement pacifique de tout le processus électoral, campagne et scrutin. Ce pacifisme politique, certes émaillé par quelques incidents mineurs, est la garantie principale de l’alternance au pouvoir dans une démocratie. Le deuxième point positif consiste dans l’instauration de débats entre les candidats.

Certes, on peut émettre quelques réserves tant sur leur forme que sur leur fond, mais ils vont contribuer à mettre les jalons de discussions qui devraient devenir contradictoires dans le futur. Sur ce plan, les candidats sont, toutefois, invités à faire des efforts pour éviter l’agressivité gratuite à l’égard des adversaires.

On relève en troisième lieu, la capacité des structures de l’Etat dans l’organisation de ces échéances électorales en espérant que l’administration confirme sur le terrain sa stricte neutralité conformément à la Constitution et au vœu émis par le président de la République intérimaire, Mohamed Ennaceur.

Cependant, les insuffisances sont là et elles ne manquent pas de gravité. Certaines sont même très inquiétantes. En premier lieu, il y a les suspicions et les doutes qui pèsent sur l’instrumentalisation de la justice pour tenter d’éliminer des adversaires politiques et de les écarter de la course. Qu’on le veuille ou pas, Nabil Karoui (N.K.), en tant que candidat à la présidentielle, n’aurait jamais dû être mis en prison, précisément, en cette période électorale.

Il s’agit d’une manœuvre politiquement maladroite et éthiquement indéfendable quels que soient les griefs à son encontre. Slim Riahi, de son côté, a choisi de fuir pour éviter probablement de se retrouver dans les mêmes (beaux) draps que NK !

En deuxième lieu, l’ISIE connaît des dysfonctionnements qu’elle n’arrive pas à surmonter. Alors qu’elle a déjà des difficultés à contenir les manquements aux campagnes électorales, se contentant uniquement de les recenser, elle conserve la date du lancement de la campagne pour les législatives dès samedi, le jour du silence électoral de la présidentielle.

Or, la décision qui s’imposait consistait à la reporter à aujourd’hui de façon à éviter tout quiproquo ou abus. A situation exceptionnelle, il fallait adopter une solution dérogatoire !

Mais, le seul réel obstacle qui entrave encore l’éclosion démocratique est ce fossé abyssal qui existe entre la majorité des citoyens et son élite (politique, société civile) avec la confiscation du pouvoir une fois les élections terminées, la participation étant limitée à ce jour du vote. De plus et tant que certains citoyens votent pour un charlatan, un suceur de sang ou un corrupteur, la démocratie restera une fiction !

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 16/09/2019

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