En Démocratie, pourquoi voter et comment voter ?

En Démocratie, pourquoi voter et comment voter ?

Par -
Tribune | Par Touhami MIDANI, Président de Tunisia For All

Nous vous proposons de découvrir cette tribune libre de Touhami Midani, président de l’association Tunisia for All. L’auteur y traite des enjeux du vote dans la tradition démocratique et, bien sûr, applique sa réflexion au modèle tunisien, à une semaine d’un scrutin présidentiel très attendu. Notons que Touhami Midani présentera aujourd’hui une conférence sur ce thème précis dans le cadre des rencontres animées par André Abitbol et l’association des anciens élèves du lycée Carnot. La conférence aura lieu aujourd’hui, samedi 7 septembre à 16h30, à La Villa Didon, à Carthage.

Avec les amis, tous les débats débouchaient à un moment ou un autre sur « ce qui se passe en Tunisie » et quelle lecture nous pouvons avoir de l’actualité nationale et de la répercussion des événements internationaux sur notre avenir à court et moyen terme.

Et comme les élections sont devenues le sujet le plus chronophage de nos rencontres, il est devenu impératif d’élargir la réflexion sur le « comment exprimer notre citoyenneté par une participation positive aux prochaines échéances électorales ».

A longueur de journées, dans tous les lieux, nous rencontrons des gens qui se plaignent et se lamentent, pour des raisons multiples et variées : actualité, crise économique, crise morale, incivisme, etc. Cette cacophonie, amplifiée par les médias, fait que le citoyen n’y comprend plus rien. D’où le divorce entre une majorité de citoyens et la chose publique.

Le piteux et triste spectacle que nous donne la classe politique engendre une atmosphère délétère qui renforce l’indécision du citoyen : pour qui voter et pourquoi ? Mais, est-ce une excuse pour abandonner notre projet commun de construction de la Démocratie dont on rêve ?

Ne pas voter, c’est laisser les autres décider pour nous. C’est nous priver du moyen le plus simple de peser sur notre destin.

Pourquoi il faut voter ?

Malgré tous les griefs que l’on peut avoir contre le système démocratique mis en place après le 14 janvier 2011, et ce que l’on appelle « la transition démocratique » qui s’éternise, nous avons le devoir et l’obligation de porter ce processus jusqu’à la réalisation du projet dont on rêve : une démocratie qui garantit nos libertés et offre toutes les conditions pour exercer nos devoirs et exercer nos droits de citoyens.

Il est vrai que certains citoyens rêvent d’une bonne vieille dictature qui assure la sécurité, l’ordre et qui ne pose pas d’entraves aux affaires. D’autres espèrent entendre le communiqué n°1 qui mettrait un terme à la « gabegie ». Mais il ne faudrait pas perdre de vue que cela impliquera aussi la perte de certaines libertés durement acquises, telle que la liberté de parole et la liberté de rassemblement.

Se désintéresser des élections peut aussi faire le jeu des extrémistes qui par le biais du système démocratique œuvrent à instaurer une théocratie. Et là, on se retrouvera obligés d’intégrer un modèle sociétal d’un autre âge.

Alors tant que nous avons encore la possibilité de choisir nos dirigeants, votons ! Votons pour ceux qui nous inspirent confiance, ceux dont on partage les opinions et éliminons ceux qui ne peuvent pas nous représenter. Et si l’on arrive à considérer qu’ils sont tous « mauvais », eh bien, votons pour le moins mauvais.

Dans l’attente du parfait, éliminons le pire. Participons à toutes les élections : présidentielles, législatives, municipales, et demain, régionales, etc. Chacune d’elles nous permet de choisir nos représentants qui, chacun à son niveau fera partie du pouvoir politique, donc des décideurs de notre avenir et de l’avenir de nos enfants.

Ne pas voter, c’est laisser les autres décider pour nous. C’est nous priver du moyen le plus simple de peser sur notre destin.

Comment voter ?

C’est une question légitime à quelques jours de l’élection présidentielle et à un mois des élections législatives. En effet, le citoyen se trouve devant une problématique presque insoluble de manière satisfaisante. Le dilemme créé par l’ambiance délétère qui règne se résume en « comment pouvons-nous nous forger une opinion le plus librement possible ? »

Personnellement, lorsque je me trouve devant une problématique aussi inextricable j’ai recours à la maïeutique, cette extraordinaire trouvaille de Socrate pour faire accoucher les esprits de leurs connaissances. Alors traitant la problématique « comment voter ? » de manière didactique.

Quelles sont les éléments déterminants nécessaires pour une prise de décision :

  1. Connaître le référentiel juridique encadrant les deux élections, et de manière plus précise : la loi électorale et les chapitre 3 et 4 de la constitution organisant les pouvoirs législatif et exécutif.
  2. Connaître les deux modes de pratique historique de la propagation des idées : le prédicateur et le sophiste grec.
  3. Connaître la sophistication des outils de propagande moderne, et savoir que nous sommes considérés comme des « cibles marketing ».
  4. Connaître les limites des sondages.
  5. Savoir quel type d’électeur nous sommes : électeur pivot, électeur éthique ou électeur incertain ; leader d’opinion influenceur ou suiveur.
  6. Evaluer le CV du candidat, et le bilan de son parti.
  7. Analyser les différents programmes présentés.
  8. … d’autres éléments pourraient-être ajoutés à cette liste soit en éclatant un des points cités en plusieurs points, soit par ajout d’un point correspondant à une identification particulière liée à un cas particulier.

Si pour le premier point il suffit de lire et comprendre les textes. Pour les élections législatives, il est conseillé d’effectuer un exercice de simulation partant des résultats de 2014 de votre circonscription pour mesurer la probabilité que notre vote ne soit pas un vote inutile et ayant participé à la dispersion des voix.

Le prédicateur effectue un travail de proximité surtout auprès de populations socialement fragilisées et joue sur les émotions et l’empathie. Le sophiste, quant à lui, est maître de rhétorique et de philosophie, qui enseignait l’art de parler en public et de défendre toutes les thèses, la chose et son contraire.

Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle important d’influenceurs pour orienter nos choix. Pour cela ils utilisent plusieurs techniques. On nous inonde à partir de plusieurs sources d’informations. Informations qu’il est difficile de catégoriser (importante, pas importante, vraie, fausse, actuelle ou réchauffée, etc.).

Ils jouent sur notre frénésie de consommation d’informations, puisque la majorité du temps on se satisfait de titres et de messages courts. Et c’est ainsi, et sans que l’on s’en doute, nous négligeons de consacrer le temps nécessaire pour nous documenter et prendre connaissance des positions et programmes.

Ajoutant à cela, et avec l’aide de l’Intelligence Artificielle, Google, Facebook, etc. nous connaissent parfois mieux que l’on se connaît nous-même. Ils utilisent des biais cognitifs, qui la plupart du temps sont inconscients, qui nous introduisent des distorsions dans notre perception, notre raisonnement, et notre jugement.

A l’approche de n’importe quelle élection, les sondages deviennent un élément important pour orienter le choix de l’électeur et déterminent la réorientation de la position ; voir de l’action de certains compétiteurs. C’est vrai que les sondages peuvent influer les élections, raison pour laquelle on interdit la publication des sondages 3 mois avant les élections.

Cela n’empêche pas que certains intéressés continuent à commander des sondages. Sondages réels ou trafiqués qu’on fait semblant de fuiter pour influencer. Mais les techniques de sondages n’ont pas encore intégré de manière exhaustive les outils utilisés par l’Intelligence Artificielle pour influencer les votants. Les exemples « Trump » et « Brexit » sont éloquents.

Quel type d’électeur suis-je ?
  • Pivot, car je considère que ma voix est importante et qu’elle est capable de faire basculer le résultat d’un côté ou d’un autre.
  • Ethique, qui vote en fonction de ses convictions indépendamment du résultat.
  • Indécis, espérant, pas le jour du vote. Les leaders d’opinion sont des citoyens qui de par leur notoriété influencent le choix d’autres électeurs, surtout les indécis.

Pour les présidentielles le CV du candidat est d’importance : son parcours, son expérience sa capacité de rassembler, son orientation idéologique, son type : prédicateur ou sophiste, et enfin, est-ce qu’il se présente en tant qu’indépendant ou de dirigeant de parti.

Pour les législatives, c’est d’abord la qualité et la probité des membres de la liste qui sont à évaluer en premier temps, vient ensuite l’attachement et l’implication des candidats dans la vie sociale de la circonscription. Deux points à ne pas négliger : le bilan et quelle futur alliance pour les indépendants.

L’étude comparative des programmes des candidats est difficile voire impossible à faire. Beaucoup de programmes ne sont pas disponibles, beaucoup d’autres sont des « copies collées ». Et pourtant, il faut se faire une idée des principaux axes des programmes présentés par les candidats en rapport avec nos convictions. Opération délicate, vu l’enfumage créé par les médias.

La civilisation démocratique est entièrement fondée sur l’exactitude de l’information. Si le citoyen n’est pas correctement informé, le vote ne veut rien dire.

[Jean-François Revel – Artiste, écrivain, Journaliste, Philosophe (1924-2006)]

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo