Patrimoine : Entrée du train en gare de Haidra

Patrimoine : Entrée du train en gare de Haidra

Par -

Les amis du patrimoine sous toutes ses formes comprendront ma complainte. Nous restons en effet otages de lectures étriquées de la notion de patrimoine, des lectures qui excluent des pans entiers de notre héritage.

J’ai ainsi le blues lorsque, dans le sud, je passe par plusieurs ksours de montagne, totalement abandonnés ou défigurés par des occupations peu rationnelles.

J’ai aussi le blues quand je constate que certaines de nos zaouias qui ont à la fois un lien puissant au patrimoine et un fort potentiel touristique, ne sont pas prises en considération. Ce blues là me prend surtout à Nefta qui dort sur un trésor et se contente du panorama sur une Corbeille désormais dévastée par l’incurie.

Ce blues, je l’ai aussi devant certains monuments dits coloniaux qui sont comme des monuments en exil dans la solitude de villes qui insultent leur patrimoine.
Pourtant, les aménageurs du patrimoine nous ont montré bien des exemples de ce qu’ils étaient capables de faire.

A Chemtou, par exemple, avec la coopération allemande, un musée qui intègre une fabrique du dix-neuvième siècle a été créé il y a vingt ans.

Je ne cite que cet exemple tout en sachant que des bonnes volontés dans le cadre du projet « Winnou el Patrimoine » opèrent un recensement magistral et collaboratif de toutes ces pépites qui sont égarées dans des déserts d’initiatives.

Regardez cette station de gare à Haidra ! Une merveille où jaillissent des réminiscences d’art déco et une silhouette hiératique qui semble veiller sur les hautes steppes de Tunisie.

Haidra est l’exemple même du lieu oublié par la politique du patrimoine. Trop éloigné des routes du tourisme; ce site se morfond malgré ses richesses inouïes.

Car Haidra, c’est l’antique Ammaedara où était basée la Troisième légion d’Auguste pour garder les frontières de l’Africa. Haidra, c’est aussi sa citadelle byzantine édifiée au temps de Justinien.

Haidra, c’est aussi cette gare sublime qui semble attendre des trains qui n’arrivent pas, quelque part au-delà de Kalaa Khasba et les mines oubliées qui elles aussi sont un patrimoine rare.

Des gares de ce type ou d’un style plus conventionnel, il y en a des dizaines à travers le pays. On les croise du nord au sud et elles surprennent toujours mais sont aussi délabrées.

Saurons-nous les mettre en valeur ? Saurons-nous les préserver des injures du temps et de l’éloignement ?

Pour conjurer ce blues du patrimoine et embrasser dans le même mouvement tout notre héritage bâti. Sans doute, le jeu en vaut-il la chandelle !

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo