Ramadan sous le signe de l’inflation et de la pénurie !

Ramadan sous le signe de l’inflation et de la pénurie !

Par - Tunis-Hebdo

Tous les indicateurs augurent une augmentation substantielle des prix au cours du mois saint, en tout cas plus soutenue que celle qui prévaut actuellement.

A trois semaines du mois de Ramadan, tous les clignotants sont au rouge : augmentation effrayante des prix, menaces de grève de pans entiers de secteurs de production et lenteur des procédures relatives aux majorations salariales. A cela s’ajoute la myopie de la classe politique qui n’a d’yeux que pour les échéances électorales.

Les revendications des producteurs

Branle-bas, ces derniers temps, des producteurs de lait, de pommes de terre, d’œufs, de poulets, de blé et de viandes. Cette fois-ci, et contrairement à de précédents rappels à l’ordre, l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP) a haussé le ton et ne semble pas près de céder. Les producteurs brandissent même la menace de grève et l’arrêt de leur activité si leurs revendications ne sont pas satisfaites.

Ils réclament des prix plus adaptés aux coûts de production, partant du fait que les prix des éléments entrant dans la production ont augmenté et que les prix de vente n’ont pas suivi conséquemment.

C’est le cas de le dire pour l’alimentation des vaches, des moutons et des poulets qui grèvent les charges des éleveurs et impactent négativement le rendement des agriculteurs et des industriels. Pour l’UTAP, il n’y a pas d’alternative à cette menace de grève que d’adapter les coûts de production aux données du marché et au coût de référence à l’étranger.

Reste que pour l’heure, la satisfaction des revendications n’est pas d’actualité. Nous disons pour l’heure, car rien ne dit que dans les jours ou les semaines qui viennent, la position du ministère de Commerce ne fléchisse pas. Après la hausse des prix des hydrocarbures et les mouvements de protestation qui l’ont accompagnée et qui se poursuivront, aujourd’hui, nous pensons que l’autorité de tutelle ne concèdera pas une nouvelle augmentation des prix.

Sachant que toute augmentation de prix à la production est suivie mécaniquement par une hausse du prix à la consommation, il serait suicidaire que le ministère acquiesce aux revendications des producteurs dans le contexte de colère qui s’empare actuellement de la rue. Sûrement, il remettra ça à plus tard, le temps que le peuple se rassasie de Ramadan.

La grogne des consommateurs !

Si les producteurs sont actuellement dans la revendication, les consommateurs sont, depuis un certain temps, dans la précarisation. Et les voix s’élèvent de plus en plus contre cet état de fait et beaucoup de monde semble regretter, aujourd’hui, l’ancien régime. Car du temps de Bourguiba et de Ben Ali, quelles que soient aiguës les crises par lesquelles le pays est passé, le peuple n’est jamais arrivé à ce stade d’appauvrissement comme celui dans lequel il est logé aujourd’hui.

Nous en voulions à l’ancien régime son totalitarisme, son système anti-démocratique, son despotisme, le fait que le clan Trabelsi a enraciné des pratiques mafieuses, mais le pouvoir de Bourguiba et de Ben Ali a ceci de respectueux que les rouages de l’Etat étaient aux mains de gens compétents et intègres dans leur majorité. De plus, l’ancien régime n’a pas adopté une politique d’appauvrissement systématique du peuple comme le fait aujourd’hui la classe au pouvoir.

Celle-ci, en plus d’être aveuglée par le pouvoir, elle est aussi incompétente. Suffisant pour qu’elle échoue dans la gestion des affaires publiques à tous les niveaux. Il n’y a pas mieux pour saisir cette maladresse que la politique monétaire suivie par les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis le 14-Janvier. Une politique qui a entraîné une inflation sans égale mesure et réduisant le pouvoir d’achat du Tunisien comme une peau de chagrin.

Avec une inflation réelle de près de 18% et non pas de 7,1% comme annoncé par le gouvernement, aujourd’hui c’est toute la politique des prix adoptée en Tunisie qui tombe en désuétude. Le régime de l’homologation des prix et le régime de l’auto-homologation, qui prennent en considération la sensibilité de certains produits vis-à-vis du consommateur, n’ont plus aucune signification du moment que le gouvernement a décidé de suivre les instructions du FMI de réduire sa participation dans la caisse de compensation. Ceci sans parler des produits subventionnés qui n’arrivent plus aux personnes censées en bénéficier, étant détournés vers des pays voisins.

Ceci dit, comme la loi 64-91 sur la concurrence et les prix consacre la liberté des prix comme principe général, c’est à une inflation surdimensionnée auquel le peuple se trouve aujourd’hui confronté.

Et si l’inflation est accompagnée, comme par enchantement, par une pénurie au niveau de certains produits, comme il est d’actualité pour le sucre, l’huile végétale, les farines et les semoules épisodiquement et la viande rouge également, il viendra un jour, si ce n’est déjà arrivé, où la catégorisation de la société se déterminera en seuil de pauvreté.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 15/04/2019

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo