Espagnol, Catalan et Tunisien : Il était une fois Anselm Turmeda

Espagnol, Catalan et Tunisien : Il était une fois Anselm Turmeda

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Passée la porte de Bab Menara, à l’entrée du souk des Selliers, un petit mausolée accueille les passants.

Discret, presque invisible, il a été rehaussé et restauré avec l’appui de la coopération espagnole.

Ce mausolée est la tombe d’Anselmo Turmeda, un Franciscain qui avait fait sa vie entre son Espagne natale, la France, l’Italie et la Tunisie.

Né en 1355 à Palma de Majorque et décédé à Tunis en 1423, Anselm Turmeda s’est converti à l’Islam en Tunisie, au temps des Hafsides.

Depuis, il a porté le nom de Abdallah Torjman et a continué à écrire de nombreux ouvrages aussi bien en arabe qu’en catalan. A ce titre, il est considéré comme l’un des fondateurs de la littérature catalane.

En effet, l’un de ses ouvrages les plus fameux porte pour titre « La Dispute de l’âne ». Il s’agit d’un dialogue romanesque entre un religieux et un âne qui échangent des arguments pour savoir qui des animaux ou des humains est supérieur à l’autre.

L’ouvrage d’essence satirique a été composé à Tunis en 1417 en catalan et se réfère dans certains passages et arguments aux fameuses Epîtres d’Ikhwan Essafa.

Le destin de cet ouvrage est extraordinaire car à cause de l’Inquisition, aucun exemplaire original n’a survécu. Seule une traduction en vieux français, publiée à Lyon en 1544, a préservé cet ouvrage de l’oubli.

Formidable Abdallah Torjman dont la tombe nous interpelle à chacun de nos passages à Bab Menara! Son âne savant n’est-il pas l’une des racines obscures de la littérature romanesque ?

Cette œuvre à cheval entre Orient et Occident est d’ailleurs considérée comme l’une des premières passerelles de l’imaginaire arabe en Occident.

Hypothèse fascinante: cette œuvre est peut-être au cœur de l’histoire de la littérature. Comment ne pas savourer les pérégrinations de ce texte écrit à Tunis par un converti à l’Islam, à partir de sources arabes qui elles mêmes sont inspirées des anciens Grecs.

Un texte écrit en catalan médiéval puis traduite en langue française à la Renaissance, une œuvre dont l’original n’existe plus et dont seule cette traduction assure la postérité.

Et dire que c’est seulement au début du dix-neuvième siècle que les savants de l’époque avaient compris que Turmeda et Torjman étaient la même personne !

Une tombe discrète, presque anonyme, à l’entrée d’un souk. Espagnol et Tunisien, musulman après avoir été chrétien, Anselm Abdallah Turmeda Torjman y repose…

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