La règlementation internationale devient agressive vis-à-vis de l’huile d’olive tunisienne

À l’occasion du workshop intitulé «Promotion internationale des Labels tunisiens d’huile d’olive : perspectives et stratégies», organisé, mercredi 13 mars, au siège de l’Utica, les professionnels du secteur oléicole ont fait part de leur craintes quant à l’avenir de notre huile d’olive à l’étranger.

Nul besoin de revenir sur les vertus et la qualité de l’huile d’olive tunisienne, reconnue de par le monde comme étant l’une des meilleures sur le marché. Pourtant, en ces temps de crise économique, l’une de nos principales sources de revenus à l’export subit les coups bas d’une concurrence jalouse et impitoyable. Alors que de nouveaux marchés sont en train de s’ouvrir, l’huile d’olive tunisienne peine à s’imposer sur l’échiquier oléicole.

Afin de relancer la machine, enrayée depuis 7 ans, les représentants de toutes les filières d’huile d’olive tunisienne se sont exprimés à travers la voix de Chiheb Slama, président de la Chambre syndicale nationale des exportateurs d’huile d’olive de Tunisie (Azzayeta) :

«En Tunisie, la culture des oliviers représente 36% des surfaces agricoles exploitables avec 310.000 exploitants. C’est la seule culture qui s’étend sur tout le territoire. En ce moment, la réglementation internationale devient agressive vis-à-vis de l’huile tunisine, il est, donc, grand temps de la promouvoir.

Nos labels et nos marques doivent être connus par le consommateur. On a, certes, une grande production nationale mais qui doit être valorisée. À l’heure actuelle, le domaine connaît des difficultés croissantes à cause, notamment, de la chute du dinar et d’une mauvaise gouvernance de la filière, en particulier au niveau des financements.»

C’est un secret de polichinelle. Notre huile se vend en vrac aux pays producteurs de l’Union européenne qui n’hésitent pas à la conditionner pour ensuite la vendre sous leur propre label, à un prix très élevé naturellement. Une question se pose, alors, d’elle-même : pourquoi diable exporte-t-on si peu d’huile d’olive conditionnée et quelles en sont les conséquences ?

Chokri Bayoudh, PDG de l’Office national de l’huile (ONH), nous expose la situation à travers quelques chiffres : «Si on ne trouve pas de solution au secteur oléicole, l’avenir s’annonce très sombre. Il y a eu une grande dynamique de plantation lors de ces quinze dernières années avec dix oliviers plantés par seconde à travers le monde.

Le secteur oléicole concerne 57 pays producteurs, 79 pays consommateurs, génère 13 milliards d’euros par an et représente 1% de la superficie mondiale agricole, soit 11,3 millions d’hectares (ha). En termes de superficie, la Tunisie est 2ème derrière l’Espagne mais devant l’Italie (3ème) et la Grèce (4ème). En dix ans, le nombre de pays producteurs est passé de 47 à 57, c’est vous dire à quel point la concurrence se fait rude.

Même la Chine s’y met. En ce qui concerne la Tunisie, on a une augmentation des exportations en vrac mais une stagnation des exportations de l’huile conditionnée. Les stratégies et les mécanismes de conditionnement de l’huile mis en place en 2005 ont atteint leur limite.»

En effet, au cours de la campagne 2017-2018, la quantité exportée d’huile d’olive a atteint 234.933 tonnes (T) (72% de la production totale) dont 18.456 T conditionnées, soit 7,85% ! Un chiffre extrêmement bas quand on sait que certains pays préfèrent, de loin, le conditionnement au vrac pour des raisons d’hygiène. Surtout que les principaux marchés à l’export du conditionné ont été, la saison passée, le Canada (27%), la France (24%), les Etats-Unis (13%) et les pays du Golfe (15%).

M. Bayoudh est revenu sur la nécessité de revoir notre stratégie marketing à travers de nouvelles plateformes de vente en ligne pour ne pas se faire asphyxier par les géants de la production : «La production en Italie a drastiquement baissé. Des 21 millions d’oliviers infectés par la Xyllela fastidiosa, 4 millions sont morts, soit un déficit de production de 250.000 T ! Un désastre écologique qui touche également nos voisins méditerranéens. Ce qui fait que 80% de nos exportations d’huile en vrac vont vers l’Espagne et l’Italie, deux des principaux producteurs.

Un autre point important sur lequel j’aimerai insister est le fait que notre huile n’est pas répertoriée dans les principaux sites de vente internationaux et de ce fait, ne connaît pas le succès qu’elle mérite. Nous devons promouvoir notre trésor national à travers la vente en ligne qui n’est que de 10% actuellement.»

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 18/03/2019

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