La réalité virtuelle pourrait-elle devenir l’avenir du cinéma ?

La réalité virtuelle pourrait-elle devenir l’avenir du cinéma ?

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CIFF 2018 - Le cinéma de réalité virtuelle, avec ses 12 cabines de projection
CIFF 2018 – Le cinéma de réalité virtuelle, avec ses 12 cabines de projection

 

La réalité virtuelle était parmi les activités proposées lors de la 40ème édition du Festival International du Film du Caire (CIFF) qui s’est déroulée du 20 au 29 novembre 2018. En effet, trois panels ont été organisés pour traiter du sujet et une douzaine de cabines ont été mises à la disposition du public pour « vivre » des courts métrages en réalité virtuelle.

La réalité virtuelle est une technologie informatique qui simule la présence physique d’un utilisateur dans un environnement généré par des logiciels. Cet utilisateur peut être passif ou interagir avec cet environnement. La réalité virtuelle permet une expérience sensorielle qui peut inclure la vue, le toucher, l’ouïe et l’odorat.

Alors qu’à ses débuts, cette technologie concernait presque exclusivement les jeux vidéo ou les visites virtuelles de divers sites ou musées, elle commence à faire son apparition au cinéma.

Pourquoi avoir choisi de proposer ces films en réalité virtuelle au Festival International du Film du Caire ?

A cette question, Ahmed Shawky, critique de cinéma et directeur artistique du festival a répondu : « Les plus grands festivals de cinéma s’intéressent de plus en plus à la réalité virtuelle. En 2017, le film Carney y arena (Virtually present, physically invisible), de Alejandro González Iñárritu, l’un des plus importants réalisateurs au monde et qui a utilisé la réalité virtuelle pour faire son film, a fait partie de la sélection officielle en hors compétition de la 70ème édition du Festival de Cannes.

Le festival de Venise a également depuis deux ans une section spéciale pour les films en réalité virtuelle.

La réalité virtuelle est une avancée technologique et créatrice, c’est un plus ajouté aux outils du réalisateur qui peut ainsi faire en sorte que le spectateur vive l’expérience en totale immersion dans un film. Les professionnels qui utilisent la réalité virtuelle le font avec passion, chaque seconde demande un travail immense pour être réalisée.

Le festival du Caire a toujours voulu être un festival moderne, qui a lieu en 2018 et non pas dans les années 1970/1980, un festival qui accompagne l’industrie du cinéma sur tous les plans. Il fallait donc qu’il y ait une section réalité virtuelle. Je pense que cela va se poursuivre les années prochaines parce que la réalité virtuelle a attiré de très nombreux spectateurs : de 14h à 22h c’est complet, et il est très difficile de trouver une place. Tous veulent l’utiliser et l’essayer. Il est vrai que la plupart des spectateurs considèrent encore cela comme un jeu, mais petit à petit ils commenceront à réaliser que c’est une nouvelle forme de cinéma ».

CIFF - Catalogue des films proposés en réalité virtuelle
CIFF – Catalogue des films proposés en réalité virtuelle

J’ai  personnellement vu trois courts métrages en réalité virtuelle. L’un, interactif, Nefertari, Journey to Eternity de Elliot Mizroch (USA), était la visite de la tombe de Néfertari, et il fallait marcher, bouger, se baisser… comme si on visitait réellement la tombe, et c’était relativement difficile parce qu’il fallait rester dans un cadre virtuel précis, or j’en sortais involontairement puisque non habituée à ce genre d’exercice.

J’ai également essayé Wild Immersion de Adrien Moisson et Raphael Aupy (Grande Bretagne, France), qui est un safari parmi les animaux de la jungle. C’était très intéressant, cela permettait de voir les animaux, les observer de très près dans leur habitat, sans les déranger ni prendre de risques. On ne peut quand même pas s’empêcher de reculer instinctivement lorsque les animaux s’approchent de trop près.

J’ai aussi vu Home After War de Gayatri Parameswaran (Allemagne, USA, Iraq) un court métrage sur l’après guerre en Irak, et là c’est beaucoup plus dérangeant, parce que non seulement on est parachuté en plein champs de bataille et ruines, mais en plus, on se retrouve avec des humains qui nous parlent. Personnellement cela m’a mise un peu mal à l’aise de me retrouver au milieu de ces gens, surtout dans leurs maisons, comme si j’avais été un voyeur qui débarque dans leur intimité.

La réalité virtuelle est géniale pour des visites sans quitter sa maison, comme la visite de la tombe de Néfertari, ou faire un safari tout en restant dans son canapé… Imaginez comme cela pourrait représenter pour des gens qui ne peuvent pas voyager ou même se déplacer !

On peut également penser à utiliser cette technologie pour des films à caractère humanitaire, en essayant de mette le spectateur dans les conditions réelles et lui permettre de ressentir de l’empathie ou toute autre émotion.

Peut-on imaginer que la réalité virtuelle est l’avenir du cinéma? En particulier en ce qui concerne le cinéma fiction? Est-ce que le spectateur aurait envie de sortir de son confortable fauteuil et d’intégrer un film? Est-ce qu’il aurait le courage de vivre dans un film ? Est-ce qu’il pourrait se retrouver dans une scène de crime ? Ou au sein d’une famille ? Ou en train d’élucider une énigme ? Est-ce que la réalité virtuelle pourrait remplacer le cinéma traditionnel ou inventerait-elle un nouveau genre de cinéma interactif?

D’après Ahmed Shawky, jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de longs métrages tournés en réalité virtuelle parce que cela demande beaucoup de temps et des moyens très très importants. Tous les films qui ont été réalisés en réalité virtuelle sont de ce format de 10 à 15 minutes maximum. Mais il est évident que des cinéastes s’intéresseront à cette technologie et que bientôt, il y aura des longs métrages de fiction permettant aux spectateurs, qui le souhaitent, une totale immersion dans les films, mais il pense qu’en aucun cas cela ne remplacera le cinéma traditionnel.

« Comme il y a des films en 3D et en 4D et comme il y a de nouvelles expériences, de nouveaux outils et de nouvelles technologies, il y aura un cinéma en réalité virtuelle, mais je pense que les spectateurs préféreront toujours le cinéma classique tout en allant de temps en temps aller voir ces films là, surtout que certains sont impressionnants, comme justement les films tournés en Afrique, en plein safari, avec des animaux tout autour de soi… ».

Neila Driss

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