Tunisie : Escalade en vue !

Tunisie : Escalade en vue !

Par - Tunis-Hebdo

Les discussions de la loi de finances à l’ARP ont débuté samedi dans un climat social délétère. Leur coup d’envoi, initialement prévu pour le jeudi, a été finalement reporté au samedi en raison du rassemblement que l’UGTT a organisé au Bardo devant le siège de l’ARP le jour de la tenue de la grève générale dans la fonction publique.

Ce climat social ne semble pas pouvoir se détendre dans les prochains jours, voire dans les prochains mois, mais il risque, au contraire, de connaître une escalade sans précédent, non seulement du côté des salariés, mais également des patrons.

L’insatisfaction semble atteindre son comble face à un gouvernement qui n’arrive pas à trouver d’autres solutions qu’une fuite en avant sans aucune perspective de redressement. L’absence de vision et de projet clair et mobilisateur ne fait qu’aggraver la situation.

Aujourd’hui, Youssef Chahed et son équipe, récemment intronisés par la grâce « divine » du « Cheikh », doivent affronter un contexte de mécontentement général. Autant les salariés que les patrons sont irrités par leur incapacité de trouver d’autres solutions que celles qui ne font qu’alourdir leurs charges.

Du côté du patronat, la dernière augmentation de 45% des tarifs de la STEG a engendré le courroux des chefs d’entreprises lesquels ont déjà annoncé leur décision de ne pas s’y soumettre et de la refuser.

Si le patron des patrons ne l’a pas encore adopté, il ne pourra pas longtemps résister à la pression des adhérents de son organisation dont plusieurs instances régionales (huit unions régionales l’ont clairement décidé) ont déjà annoncé leur intention de boycotter le paiement des factures de la STEG.

Trois questions s’imposent à ce sujet : pourquoi la STEG n’a-t-elle pas annoncé cette augmentation publiquement ? Cette augmentation des tarifs va-t-elle toucher, aussi, toute la clientèle de la STEG, ménages compris ? Comment le gouvernement peut-il avaliser une telle augmentation, aussi élevée, qui aura des incidences gravissimes sur l’ensemble des Tunisiens, et sur les entreprises tunisiennes ou étrangères installées en Tunisie, et contraires aux prétendus encouragements accordés aux entreprises ?

Du côté des salariés, la panne est totale et le fossé se creuse malgré les gesticulations désespérées du ministre des Affaires sociales qui essaie de se montrer rassurant. Il y eut d’abord la grève générale du jeudi dernier qui a été suivie de manière massive par les fonctionnaires de l’Etat.

Sur ce plan, il faut épingler la fermeture des établissements scolaires et universitaires, une décision qui ne fait que déjuger ses auteurs. Cette grève générale a été suivie par le revirement du gouvernement sur ses propositions formulées au mois d’octobre dernier au syndicat de l’enseignement secondaire.

Cette légèreté, qui frise l’inconscience pour ne pas dire l’incompétence, avec laquelle l’équipe gouvernementale traite avec les partenaires sociaux, s’est exprimée de manière éclatante par la bouche du porte-parole du gouvernement lorsqu’il a annoncé à l’adresse de l’opinion publique, après la grève de la fonction publique, que le gouvernement œuvre à préparer une série de mesures pour les proposer à la direction de l’UGTT afin d’endiguer l’inflation, améliorer le pouvoir d’achat, etc.

Pourquoi cela ne s’était-il pas fait avant, pourquoi n’avoir pas formulé de telles propositions avant la tenue de la grève, lors de la rencontre entre Y.C et Nourredine Taboubi ?

Aujourd’hui, le gouvernement pousse, par son attitude, à l’escalade que ce soit dans l’enseignement secondaire où le syndicat s’oriente vers le boycott des examens, et le bureau exécutif vers la grève générale de l’ensemble du secteur public fixée au 17 janvier prochain, date retenue par la commission administrative de l’UGTT.

Dans ce conflit, le gouvernement a l’appui des Islamistes dont l’attitude officielle tranche avec la campagne de dénigrement envers la Centrale syndicale menée sans relâche sur les réseaux sociaux par ses militants.

Mais, cela ne saurait suffire pour assurer la paix sociale. Y.C doit comprendre que la gestion des affaires publiques ne peut plus continuer dans cette voie, et que son gouvernement, même s’il a reçu le feu vert de l’ARP, pourrait perdre cette légitimité dans la rue, quand les citoyens, toutes classes confondues, désavoueraient sa politique.

Et là, ce serait non seulement la fin du gouvernement, mais aussi sa fin politique personnelle…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 26/11/2018

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