Le nombre de cas de sclérose en plaques augmente malgré le beau...

Le nombre de cas de sclérose en plaques augmente malgré le beau temps

Par - Tunis-Hebdo

  • Les habitudes vestimentaires pointées du doigt

Touchant traditionnellement les personnes d’origine caucasienne et les populations d’Europe du Nord, la sclérose en plaques (SEP) est une pathologie neurodégénérative qui prend de plus en plus d’ampleur au sein des peuples du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Explications :

Au même titre que le cancer et la maladie d’Alzheimer, la sclérose en plaques est une de ces maladies des temps modernes qui fait froid dans le dos. D’après Prudhomme et d’Ivernois (2007), la SEP se caractérise par des plaques disséminées de démyélinisation (perte de la gaine de myéline autour des nerfs) dans le cerveau et la moelle épinière.

La myéline est une substance qui sert à protéger les fibres nerveuses et à permet la transmission de l’influx nerveux du cerveau vers les organes périphériques. Si cette substance tend à disparaître, l’information cérébrale ne pourra plus circuler correctement à travers les neurones et la personne perdra progressivement ses facultés motrices et sensitives.

Les premiers signes de la maladie se présentent très souvent sous forme de fourmillements au niveau des extrémités, une diminution de la force physique et une perte totale de la mobilité. Les troubles cérébelleux, relatifs au cervelet, se manifestent par une perte d’équilibre et une marche instable comparable à celle d’une personne ivre. Les troubles de la vision sont monnaie courante, de même que la sensation d’épuisement ou l’envie de se reposer constamment.

L’évolution se fait par poussée et perdure toute la vie. Il n’existe pas de traitements efficaces à ce jour mais la prise en charge kinésithérapeute est primordiale pour entretenir l’autonomie des patients.

Dans les pays occidentaux, cette pathologie affecte 1 personne sur 1000 (Sidhom et al., 2014). En Tunisie, sa prévalence est bien plus faible avec 1,3 personne atteinte pour 100.000 individus (Ammar et al., 2006). L’étude menée par Sidhom et al., (2014) indique, également, que l’âge moyen d’apparition de la SEP chez les Tunisiens est de 30,3 ans et qu’elle toucherait 2,34 fois plus de femmes que d’hommes. A noter que ce rapport n’est que de 1,7 en France (ANAES, 2001).

« Les Tunisiens nés en juillet ont plus de risque de développer une sclérose en plaques »

Bien que différents facteurs tels que l’obésité au moment de l’adolescence (Hedström et al., 2014), le tabagisme (Ascherio et Munger, 2007) et la mutation des gènes du groupe HLA (Terasaki et al., 1976) favorisent l’apparition de la SEP, aucune cause directe n’a, pour l’instant, été mise en évidence. Il est également impossible de prévenir son apparition chez tel ou tel individu.

Toutefois, de nombreuses études ont mis en évidence une corrélation entre le manque de vitamine D et cette neuropathologie. Il a été montré, en effet, que le récepteur VDR spécifique à ce nutriment, considéré comme une hormone, est nécessaire à l’expression de plusieurs gènes impliqués dans le développement de la SEP.

La vitamine D est synthétisée dans l’organisme humain à partir d’un dérivé du cholestérol et sous l’action des rayonnements UV du soleil. En d’autres termes, plus une personne est exposée au soleil, plus elle synthétise cette vitamine et moins elle risque de tomber malade.

Les travaux de Sidhom et al., (2015), portant sur la population tunisienne, montrent un lien entre le mois de naissance et le risque d’avoir une sclérose en plaques. Les gens qui naissent durant les périodes ensoleillées (de mai à octobre) sont plus exposées que celles qui naissent durant l’hiver.

L’étude révèle que le manque de rayonnement lumineux durant les premiers mois de la grossesse favorise l’apparition de la maladie à un âge plus avancé. Les Tunisiens nés en juillet sont les plus exposés !

D’autres études montrent que l’usage de vêtements opaques couvrant intégralement le corps et empêchant le passage des rayonnement lumineux augmente, également, le risque de développer une SEP chez les jeunes femmes (Buyukuslu et al., 2014 ; Farahati et al., 2015).

On retrouve ce phénomène en Tunisie, au Maroc et en Turquie où la communauté scientifique de ces pays respectifs constate une recrudescence des cas de SEP chez les femmes portant le hijab ou le niqab (Alagol et al., 2000 ; Allali et al., 2006 ; Farhati et al., 2015).

La sclérose en plaques est donc une grave maladie du système nerveux central qui peut entrainer la mort après des décennies de souffrances et de handicap. Cependant, il est facile de la prévenir en s’exposant quotidiennement au soleil, en évitant de porter des habits opaques et en consommant du poisson bleu (sardine, maquereau, morue, hareng), véritables sources en vitamine D.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 05/11/2018

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