Tunisie : 12,8 milliards de dinars d’émissions obligataires en 7 ans !

La Tunisie a lancé, depuis 2012, sept émissions obligataires sur le marché financier international pour un total de 12,8 milliards de dinars.

Bon an mal an, la Tunisie recourt aux émissions obligataires pour financer son économie. Ces émissions se font soit sur le marché financier national soit sur le marché international. Dans une conjoncture marquée, surtout, par la baisse des réserves de change, ces emprunts sont un moyen parmi d’autres qui s’offre à l’Etat pour financer son déficit budgétaire et les opérations courantes

Si les emprunts sur le marché financier national sont réalisés en dinar (monnaie locale), les émissions sur le marché international sont, par contre, effectuées en devises. Bien évidemment, lever des sommes importantes sur le marché des crédits international n’est pas sans alourdir la dette extérieure du pays et sa soutenabilité. Pour rappel, cette dette a atteint, à fin décembre 2017, 46,78 milliards de dinars, soit 48,04% du PIB.

La dette la plus chère de l’histoire de la Tunisie

La dette extérieure de la Tunisie est composée de 50% de dettes multilatérales, 14% de dettes bilatérales et 36% de dettes contractées auprès du marché financier international. Depuis 2012, la Tunisie a effectué sept émissions obligataires sur le marché international pour un total de 12,8 milliards de dinars. Sur les sept emprunts émis, la somme levée le 24 octobre dernier, soit 500 millions d’euros, risque d’être la plus chère en termes de service de la dette puisque l’intérêt de l’emprunt est à hauteur de 6,75%, le plus élevé de l’histoire des emprunts émis par notre pays.

Le 16 avril 2012, la Tunisie a réalisé un placement privé auprès d’investisseurs qataris d’un montant de 500 millions de dollars avec un taux de 2,5% et une échéance de 5 ans. Le 16 juillet de la même année, notre pays a émis un emprunt obligataire avec garantie US d’une valeur de 485 millions de dollars. D’une maturité de 7 ans, cet emprunt est rémunéré à hauteur de 1,69%. En décembre 2012, la somme de 25 milliards de yens japonais a été levée (1 yen = 0,025 dinar). La maturité de cette émission obligataire avec garantie du Japon est de 10 ans, avec un faible taux (1,19%).

Les émissions obligataires drainent des devises

En août 2013, la BCT a levé la somme de 22,4 milliards de yens sous forme de samouraï sur le marché japonais. Une année plus tard, la Tunisie a réalisé une émission obligataire avec garantie US d’une valeur de 500 millions de dollars rémunérée à 2,5% sur 7 ans. Trois mois plus tard, soit le 10 octobre 2014, une autre sortie de la Tunisie sur le marché japonais avec une levée de 50 milliards de yens avec un faible taux de 1,61% sur 10 ans.

Le 30 janvier 2015, la BCT a émis un emprunt obligataire d’un milliard de dollars avec un taux relativement élevé (5,75%) sur 10 ans. Deux ans après (le 17 février 2017), la Tunisie a levé 850 millions d’euros sur le marché international, avec un taux de 5,63%. Le 18 avril 2017, la Tunisie a effectué un placement privé auprès d’investisseurs qataris d’une valeur d’un milliard de dollars.

Ceci dit, si les émissions obligataires sur le marché international drainent à la Tunisie des devises et améliorent ses réserves de change. Il faut souligner qu’un niveau trop élevé de dette extérieure est un facteur de risque-pays important. En effet, en cas de fluctuations de la devise nationale, les montants des intérêts et du principal de la dette extérieure peuvent rapidement, par effet de levier inverse, conduire à la crise économique.

Et nous sommes (malheureusement) en plein dedans !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 05/11/2018

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