Le démon égyptien

Le démon égyptien

Par - Tunis-Hebdo
La place Tahrir est devenue le fief des violeurs du Caire
Lors d’un débat télévisé sur la chaîne Al-Assema, en octobre 2017, l’avocat égyptien Nabih Al Wahsh (نبيه ألوحش), un individu qui porte bien son nom (Wahsh voulant dire « sauvage » en arabe), a déclaré que « c’est un devoir national de violer une femme portant un jean déchiré ». Des propos qui en disent long sur l’état de santé de la société égyptienne qui est gangrénée, depuis les événements du printemps arabe, par une myriade de crimes sexuels visant, principalement, les femmes et les enfants. Comble de l’infamie, la justice se montre assez souvent clémente lorsque l’un des criminels ne reconnaît pas ses torts et affirme qu’ils sont l’œuvre du démon.

Le 11 février 2011, des scènes de liesse, en plein centre du Caire, accompagnent la chute du dictateur Hosni Moubarak. Très vite, des relents de fougue et de liberté s’emparent d’une population brimée par trente ans d’un règne sans partage. Hélas, le manque d’éducation d’une jeunesse longtemps livrée à elle-même et aux séduisants discours intégristes, qui prônent le rejet de l’Occident et l’asservissement des femmes, a précipité la recrudescence des agressions sexuelles en tout genre.

La place Tahrir, symbole de la révolution et de la lutte pour la démocratie, est devenue un véritable terrain de chasse pour les prédateurs sexuels. Bien que 95% de la gent féminine portent des vêtements les couvrant de la tête aux pieds, censés leur donner un caractère pudique aux yeux des hommes, les harcèlements dans la rue et au vu et au su de tous ne font que proliférer. Les touristes n’osent même plus se rendre au Caire de peur de tomber dans une embuscade.

Même l’arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, chef de guerre et farouche opposant des islamistes, n’a pas permis d’instaurer un climat de sécurité nationale. Pire encore, certains policiers ferment les yeux sur certains crimes après que leur silence a été acheté par les proches des suspects. De son côté, la justice du pays, imprégnée par les sermons moralisateurs de faux dévots, reproche, parfois, aux victimes de viol d’avoir provoqué leurs agresseurs.

Mais comment peut-on être si indifférent et si froid devant l’horreur infligée aux enfants ? Car les actes pédophiles dans ce pays, et même dans les pays du Maghreb, en l’occurrence la Tunisie, ont pris une dimension terrifiante.

« Invoquer les textes religieux est devenu une échappatoire facile pour les dangereux criminels ! »

Afin d’illustrer mes propos, permettez-moi de vous narrer l’histoire d’un fait récent des plus sordides. Vendredi 24 mars dernier, un Egyptien de 35 ans a profité de l’accalmie de la grande prière pour emmener, tenez-vous bien, une petite fille de deux ans dans le désert pour la violer. Lorsqu’il se rendit compte de l’hémorragie qu’il a provoqué par cet acte ignoble, il emmena la fillette chez lui pour tenter de la cacher. Alertés par les cris de douleur de l’enfant, les voisins ont de suite prévenu les parents qui ont foncé vers la maison du violeur. Ce dernier a été interpellé par la police qui l’a sauvé du lynchage de la foule.

Lorsqu’il fut interrogé par les autorités, cet odieux personnage a prétexté qu’un démon s’est emparé de son corps et qu’il ne pouvait le contrôler. L’argument a été pris en compte et ajouté au dossier du suspect comme un motif de circonstances atténuantes.

En effet, l’image du démon est gravée au fer rouge dans l’inconscient collectif d’une population de confession musulmane qui ignore, quasiment, tout des vertus de l’islam. Le fait de faire référence aux textes religieux pour justifier ses forfaits est devenu une échappatoire facile pour tous les dangereux sociopathes pédophiles du monde arabe.

Trop occupé par la politique extérieure de son pays, le président Sissi a, semble-t-il, oublié que son pays ne tardera pas à mourir de l’intérieur s’il ne renforce pas ses positions vis-à-vis du fanatisme religieux qui s’empare des esprits les plus faibles.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 03/09/2018

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