Drogue : Le message de Billie

Drogue : Le message de Billie

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Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna, professeur de français

En ces temps où l’on parle tant de la lutte contre la drogue, pourquoi ne pas diffuser largement le message que Billie Holiday, la grande chanteuse de jazz, nous adressait à la fin de son autobiographie :

« Vous n’avez qu’à considérer l’histoire de ma vie. Si une morale en découle, c’est bien celle-ci ; si vous croyez que la drogue va vous donner des sensations ou vous envoyer au plafond, vous êtes complètement fou. Vous trouverez bien plus de sensations en attrapant une bonne poliomyélite ou en vivant dans un poumon d’acier. Si vous vous figurez que vous avez besoin de came pour jouer un instrument ou pour chanter, vous vous fourrez le doigt dans l’œil. La drogue peut vous démolir au point que vous ne pourrez rien jouer ni chanter du tout. La seule chose qui puisse vous arriver, c’est que, tôt ou tard, on vous flanquera en taule, et, une fois que cela vous sera arrivé, vous serez cuit. Regardez-moi seulement. » (in Lady Sings the Blues, traduction d’Yvonne et Maurice Cullaz).

Elle savait de quoi elle parlait, Lady Day. Elle avait été trois fois arrêtée, condamnée, emprisonnée pour détention et usage d’héroïne. Elle savait ce qu’était « la galère des banlieues », l’arrière-petite-fille d’une esclave de Virginie engrossée par son maître, elle qui était née dans un ghetto noir de Baltimore, et qui, à 6 ans ; lavait les perrons des villas des Blancs pour 15 cents.

Dans le même livre, il y a un autre message, et celui-là s’adresse aux pouvoirs publics : « les gens drogués sont des malades. Alors, maintenant, on aboutit à ce fait que le gouvernement traque les malades comme des criminels, défend aux médecins de les secourir, poursuit ces mêmes malades parce qu’ils détiennent des stupéfiants et finalement les envoie en prison. Imaginez donc que le gouvernement traque les diabétiques, mette des droits sur l’insuline. Si le gouvernement faisait cela, tout le monde le trouverait démentiel. Cependant, on agit pratiquement de la même façon, trois cent soixante-cinq jours par an, avec ces malades, les drogués. Les prisons sont pleines et le problème se complique un peu plus chaque jour ».

Certes, la loi tunisienne n’est pas la même que la loi américaine de 1947. Mais on sait pertinemment que le drogué devient très souvent dealer pour se procurer ses doses, et qu’il prend ainsi le chemin de la prison et non d’un centre de soins appropriés.

Qu’en pensent Mesdames et Messieurs les députés ?

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