L’argent ne peut suffire à lui tout seul !

tunisia2020Tunis Hebdo | Maintenant que les lampions de la Conférence internationale des investissements se sont éteints, les observateurs, y compris les plus avisés, attendent la concrétisation des intentions exprimées par les bailleurs de fonds.

Entre «dons», «promesses» et «engagements», il semblerait que la «cagnotte» atteindrait la bagatelle de 34 milliards de dinars dans ce «méga-événement» qui a rassemblé près de 4500 participants, 1500 partenaires économiques et 40 délégations officielles dont certaines avec une représentativité au plus haut niveau. Cette «cagnotte» servirait, semble-t-il, à financer plusieurs projets d’investissement qui ont été proposés dans divers secteurs par la partie tunisienne.

Se rappeler le G8 de 2011

Si nous évoquons le premier aspect relatif aux intentions formulées par les partenaires de notre pays, il convient de rappeler, d’abord, qu’une initiative quasi-similaire s’est produite à Deauville en 2011 lors du sommet du G8 au cours de laquelle on nous avait promis une «manne» de 25 milliards de dollars sur une période de cinq années, mais dont on n’a vu que des miettes, voire ne fut-elle qu’une promesse en l’air, illusoire.

Autrement dit, s’il est certain que certains partenaires de la Tunisie, séduits par les apparats et les artifices de l’expérience post-14 janvier 2011, sont des gens sérieux, rigoureux et, à bien des égards, généreux ; d’autres parties ne sont ni aussi crédibles ni aussi désintéressées qu’ils peuvent bien paraître.

Alignement aveugle

En effet, et sur ce plan, les autorités tunisiennes légitimes, issues des élections d’octobre 2014, ne doivent pas dilapider le peu de crédit qu’elles ont encore auprès du peuple tunisien en cédant aux sirènes de ces pseudo-partenaires qui vont probablement lier leur soutien économique et financier à des concessions qui peuvent être loin de convenir et d’être adaptées soit à notre type de société, soit à l’indépendance de notre décision politique, et par conséquent de notre souveraineté.

Car et si l’on analyse les positions de nos gouvernants, sous la Troïka ou après, on constate, non sans regret, leur alignement aveugle sur les positions soit de leurs bailleurs de fonds, soit de leurs «guides spirituels» sur un double plan, national et international.

Ce «soutien» lié et astreint à des contraintes particulières ne pourrait en aucun cas servir les intérêts de notre pays ou de notre peuple, et ne ferait que nous transformer en de simples appendices, et notre pays en un simple espace de services, sans véritable avenir économique et sans réelle emprise,ni sur nos (minces) richesses, ni sur nos esprits.

Des «projets» pharaoniques

En ce qui concerne les projets eux-mêmes, il nous semble que si certains visent l’amélioration de quelques services publics (santé par exemple) ou vont contribuer à développer l’infrastructure du pays ou encore à nous permettre un réel transfert de technologie, les autres ne constituent que des «projets» pharaoniques dont sont friands leurs initiateurs, qui visent des secteurs (le tourisme par exemple) dont les retombées et la fiabilité ont démontré leurs limites.

A-t-on bien étudié l’impact de ces projets apparemment grandioses sur tous les plans ? A-t-on mesuré les dégâts, ou au contraire, les avantages, qu’ils peuvent avoir et les a-t-on sérieusement évalués avant de les mettre sur la table ?

«Purifier» le climat des affaires

En troisième lieu, ces investissements, aussi importants soient-ils, et indépendamment de nos précédentes remarques, vont servir à quoi si ce n’est à reproduire le système économico-social actuel, alors que le véritable enjeu réside dans la réflexion et la concrétisation d’une nouvelle politique économique qui rompt avec des choix qui ont, non seulement montré leurs limites, mais ont été, entre autres, la cause de tous nos maux sociaux et économiques.

A-t-on trouvé les remèdes pour «purifier» le climat des affaires et mettre fin, ou du moins en réduire le plus possible, à savoir la corruption qui sévit à tous les étages, dans toutes les institutions et dans tous les secteurs de la vie active ?

Sans vouloir «jouer» aux oiseaux de mauvais augure, le conglomérat réuni à Tunis nous semble insuffisant à bien des égards. Si notre pays a vraiment besoin de l’aide et du soutien de ses amis, les gouvernants devraient d’abord faire preuve de lucidité et mettre en avant la souveraineté pour ne pas dire tout simplement la fierté de leur peuple avant toute chose.

Le fossé ne cesse de se creuser…

Or, ce dernier n’est guère satisfait, aujourd’hui, des tendances et des orientations fixées, et les mouvements de protestation qui pointent à l’horizon, grèves générales dans la fonction publique et peut-être dans le secteur privé, démontrent le fossé qui ne cesse de se creuser entre les décideurs et la population.

Car, le développement et la relance économique dépendent, avant tout, de la volonté et des efforts que voudraient bien consentir – avec conviction et volontairement – toutes les couches sociales.

L’argent ne peut suffire à lui tout seul ! Le travail et le patriotisme sont bien plus importants…

L.L.

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