« La Tunisie romaine » : Un nouveau livre du professeur Ammar Mahjoubi

« La Tunisie romaine » : Un nouveau livre du professeur Ammar Mahjoubi

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Tribune | Par Mohamed Arbi Nsiri (Historien)

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La couverture du livre (illustration : La mosaïque de Virgile).

Nul n’était plus qualifié pour écrire en arabe cette réflexion sur la « Tunisie romaine » que M. Ammar Mahjoubi, spécialiste de l’Afrique du nord romaine et professeur émérites à l’Université de Tunis, auteur de nombreux articles consacrés à la province romaine d’Afrique et de précieuses synthèses sur les villes de la Tunisie antique [1].

Le premier chapitre de son livre, publié chez les éditions Tibr al-Zamān, situe les données historiques spécifiques à la période romaine dans leurs contextes géographiques et politiques.

Sans prétendre répondre résumer toutes les données qui entourent les trois premiers siècles de la présence en romaine en Afrique du Nord, l’auteur nous rappelle le rôle de l’armée (legio) dans la pacification de l’espace après une période de troubles, l’efficacité de l’organisation administrative, et les causes de la crise du 3ème siècle.

L’auteur analyse dans un deuxième chapitre l’urbanisation intense de la « Tunisie romaine », le fonctionnement des magistratures et des collèges puis la philosophie de la « romanitas » chez les élites africaines [2]. Par la suite, il met sous son microscope les réalités économiques des provinces africaines depuis l’occupation romaine de la Pertica de Carthage jusqu’à l’époque sévérienne (146 av. J.-C. – 235).

Critiquant la méthode de l’ancienne École (Ch. 2), l’auteur met en valeur le rôle des « indigènes » dans l’épanouissement de la civilisation romano-africaine. Il souligne ensuite le bienfait de la « révolution agricole » qui a permit le développement d’autre secteurs de l’activité économique tel que l’industrie et le commerce.

Selon le professeur Ammar Mahjoubi, le bilan de l’économie africaine dans la période du Haut-Empire (27 av. J.-C – 235) fut positif. Les inscriptions latines découvertes, depuis le début du 19ème siècle, dans les différentes régions de la Tunisie peuvent appuyées son jugement.

Utilisant des monuments figurés, des documents épigraphiques et des textes écrits, l’auteur nous présente, dans un troisième chapitre, l’évolution de la religion nord-africaine durant les premiers siècles de la présence romaine. Certes, l’auteur ne dédaigne pas les comparaisons ethnographiques pour éclairer certains faits pré-romains.

Mais il ne s’agit nullement du type de comparaison que nous avons maintes fois réclamé, entre les anciens et les nouveaux types du syncrétisme religieux. Il s’agit tout au moins de la similarité, du primitif et de l’archaïque, de découvrir les sources de certains phénomènes archaïques.

Or, s’il y a là une méthode valable dans certains cas, elle est assez dangereuse, surtout lorsqu’elle s’appuie sur des travaux dépassés, comme ceux de S. Gsell, qui risquent d’induire en erreur. Cette remarque critique n’enlève rien à l’intérêt de ce chapitre, car elle ne porte que sur quelques points bien précis.

Dans un quatrième chapitre, le professeur Mahjoubi aborde la vie intellectuelle et artistique dans la « Tunisie romaine ». En effet, grâce aux liens multiformes qu’elle entrainait avec les principales régions de la Méditerranée, la Tunisie ne tarda pas à devenir un véritable creuset de civilisation antiques et un haut lieu de communication humaine.

Cette situation privilégiée trouva son meilleur reflet dans la naissance d’une littérature latine nord africaine avec Apulée, Tertullien, Arnobe et Saint Augustin. Quant à l’art monumental, la peinture, la sculpture, la mosaïque, ils montrent eux aussi la grande dynamique culturelle de cette époque.

Dans un cinquième et dernier chapitre, l’auteur analyse les lieux de sociabilité et la vie quotidienne de la famille africaine de l’époque romaine qui apparaît comme une entité organisée tout d’abord en relation avec l’influence patriarcale et un système de parenté reposant sur l’agnation.

La figure du paterfamilias et de la soumission des membres de la famille à sa puissance s’expriment pleinement. Il est un référent exclusif au sein des trois groupes ou cercles familiaux plus ou moins élargis que sont la gens, la parenté agnatique et la maison (domus) ou famille (familia).

Deux formes de mariage sont connues à cette époque mais d’autres types de vies communes ont également existé (par exemple le concubinat). Avec le mariage cum manu, ce sont les pères de famille qui expriment leur consentement à cette union, puis une évolution intervient au profit de l’expression de volonté des futurs époux.

Par un acte solennel distinct de celui du mariage on établit une conventio in manum. Par cet acte, la jeune femme quitte la puissance d’un paterfamilias pour se placer sous celle d’un autre. Les biens qu’elle apporte sont intégrés dans le patrimoine de sa nouvelle domus.

In fine, il faut louer l’heureuse disposition qui a permis de faire dans les 180 pages de ce petit volume un résumé extrêmement dense de l’histoire de la Tunisie durant les trois premiers siècles de l’époque romaine.

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  • [1] Ammar Mahjoubi, Les cités romaines de Tunisie, Tunis, STD, 1972
    Ammar Mahjoubi, Cités antiques de Tunisie, Tunis, AMVPPC, 2004.
  • [2] Le terme africain(ne)s est utilisé ici au sens antique du terme. Pour les Romains, Africa, désignait tout d’abord le territoire sous la domination carthaginoise transformé après la prise de Carthage en 146 av. J.-C. en province(s) romaine(s)

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