Mediaphile, « institophobe » et va-t-en-guerre : Que cherche Néji Jelloul ?

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Le ministre de l’Éducation Néji Jelloul. Photo : Page Facebook du ministère de l’Éducation

Cet été, il ne s’est quasiment pas passé un jour sans que Néji Jelloul, l’actuel ministre de l’Éducation, ne soit abondamment cité par les médias.

Au point où la question devient légitime de savoir si ce ministre cherche à faire parler de lui à tout prix. Serait-il une sorte de mediaphile qui ne pourrait survivre sans s’afficher ? Fait-il plutôt une sorte de course à la notoriété pour – pense-t-il – écraser les grévistes du printemps dernier sous le nombre de ses initiatives ?

Qui veut envenimer une situation déjà tendue ?

Et ces initiatives, de quoi s’agit-il au juste ? N’est-ce pas un simple effet d’annonce que d’affirmer que tous les problèmes de maintenance des écoles seront résolus en trente jours ? N’est-ce pas illusionnisme que de prétendre réformer l’enseignement à la hussarde et en quelques semaines ? Et que signifie ce cavalier seul, cette course en avant que d’aucuns jugent motivée par un autre mal auquel semble succomber ce ministre : une sorte d’institophobie (un terme barbare mais compréhensible) qui vire à la misanthropie.

Pour justifier son image de dur, Jelloul n’a pas cessé de jeter de l’huile sur le feu. Si sa fermeté face aux syndicats plaît au public, il n’est pas acceptable qu’elle vire à l’intransigeance. Le malaise est grand lorsqu’on finit par constater qu’un ministre semble tout faire pour envenimer une situation complexe.

D’ailleurs, la réponse syndicale n’a pas tardé et, comme une traînée de poudre, les sit-in d’enseignants sont venus rappeler tout le monde à la réalité.

Le gouvernement pourrait chuter…

Heureusement le gouvernement a sauvé la situation, rappelant probablement Jelloul à la discipline. En effet, outre la réponse syndicale, des partis politiques de la coalition au pouvoir ont pris fait et cause pour les instituteurs grévistes menacés dans leurs ressources. Il s’agit notamment d’Ennahdha, qui a ainsi avancé un pion dans un enjeu plus large.

En ce sens, l’action irréfléchie d’un ministre cherchant à tout prix à écraser les travailleurs pourrait dégénérer en crise gouvernementale et, dans un cas extrême, faire chuter un gouvernement déjà fragilisé.

Neji Jelloul ne semble pas considérer ces données plus globales. Et pour sympathique qu’elle puisse être, son action qui est aussi porteuse d’un projet de réforme qui mènerait l’école vers un crash identitaire, n’est pas exempte d’aléas.

Savoir gérer les conflits

Sa volonté de passer en force en utilisant les médias pour déclencher des écrans de fumée est fort discutable. Et sa volonté de réformer contre le corps enseignant et sans concertation aucune font au fond de Jelloul un homme seul, fut-il le plus populaire des ministres.

Il est plus sage d’éviter les écueils et ne pas personnaliser les conflits. Il est plus utile aujourd’hui de ne pas provoquer d’inutiles confrontations alors que l’école et le pays entier ont d’autres priorités et des urgences bien plus graves qui les tenaillent.

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