Les borjs côtiers de Djerba : Dragut, fortins et patrimoine en péril

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Borj Ghazi Mustapha | Crédit photo : trekearth

Par Hatem Bourial

L’architecture défensive de l’ile de Djerba demeure peu connue du grand public. Ainsi, si Borj Ghazi Mustapha est l’un des repères les plus évidents, plusieurs autres forts djerbiens sont quasiment oubliés.

Ce patrimoine en péril fait partiellement l’objet de restaurations de la part de l’Institut national du patrimoine mais beaucoup reste à faire, à commencer par une meilleure connaissance de ces forts, fortins et corps de garde disséminés dans l’ile, en particulier sur ses côtes.

Les vies antérieures de Borj el Kebir
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Borj Ghazi Mustapha | Crédit photo : montrealarabic

Commençons cette brève revue par le plus connu de ces forts, le fameux Borj Ghazi Mustapha. Cette place-forte principale de l’ile se trouve aux environs immédiats de Houmt Souk. Nommé Borj el kebir, ce fort a des soubassements d’origine romaine sur lesquels l’amiral du roi de Sicile Roger de Loria a édifié en 1284 un château-fort qui sera à son tour consolidé par le Hafside Abou Farés.

C’est pour cela que l’on parle successivement à propos du Borj el Kebir d’un château aragonais, d’une kasbah hafside puis d’un fort ottoman. Ce dernier a été consolidé sur les travaux antérieurs en 1567 par Ghazi Mustapha, le gouverneur turc de Djerba.

Dragut, un grand bâtisseur
Dragut
Dragut

Continuons cette revue par les deux autres borjs les plus connus du grand public. Il s’agit de Borj Kastil qui se trouve à l’extremité de la langue sablonneuse de Bin el Ouediene et de Borj Jlij situé au nord-ouest de Djerba.

Construit en 1285 par Roger de Loria, Borj Kastil est un bâtiment en ruines qu’on peut voir au sud de l’ile lorsqu’on y arrive via la chaussée romaine d’El Kantara. Dragut, le redoutable corsaire nommé Dargouth Rais, renforcera ce fort en 1551.

Quant à Borj Jlij, il aurait été créé en 1745 par Ali Pacha sur les fondations d’une tour aragonaise du quatorzième siècle. Depuis 1894, un phare a été installé sur ce versant de la côte djerbienne.

Quelques borjs peu connus

Il existe de nombreux autres borjs à Djerba qui sont en général très peu connus et que nous allons tenter de mentionner.

  • Borj Aghir date du seizième siècle et constitue une forteresse quadrangulaire créée par le même Dragut. Ce borj abrite un phare depuis le dix-neuvième siècle.
  • Borj Ajim défend un mouillage profond au sud de Djerba et a été édifié au milieu du seizième siècle par Dragut. Fortement armé, ce fort disposait de deux bastions et d’une tobjia, autrement dit une plateforme d’artillerie. Ceci s’explique par le fait qu’Ajim, face au Djorf, est le seul mouillage qui permet le passage de bateaux de grand tonnage.
  • Borj El Kantara avait dans le passé une grande importance car il se trouvait au bout de la chaussée romaine, face à la presqu’ile des Akkaras et la localité ancienne de Zarzis, l’antique Gergis et sa voisine Zita. Ce borj a été créé au quinzième siècle par Alphonse d’Aragon puis démantelé par Dragut qui le reconstruira dans le même esprit défensif.
  • Borj el Akreb est le plus mystérieux et le moins connu. Il se trouve au milieu du golfe de Boughrara. Nommé fort du scorpion mais aussi fort de la voie des chameaux (Borj Triq el Jmel), ce fort se présente comme une petite redoute circulaire percée de meurtrières. Il a été créé par Dragut au seizième siècle.
  • D’autre forts existent à Djerba. Ils ont pour nom Borj Galala ou Borj Tarbela. Quant à Borj el Marsa, il se trouvait sur la côte sud-ouest, entre Borj Jlij et Borj Ajim.
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Borj Aghir | Crédit photo : De Tunisie et ailleurs
Marabouts côtiers et mosquées fortifiées

Avec les marabouts côtiers qui faisaient partie de la ligne défensive des ribats et les mosquées fortifiées, Djerba possédait aussi des corps de garde et des fortins, aujourd’hui dans un mauvais état, à El May, Mahboubine, Cedouikech, Mellita ou Midoun.

Tous ces édifices renseignent sur le caractère disputé de l’ile. Et, à ce titre, l’histoire de Borj Ghazi Mustapha est éloquente, avec la succession d’occupants qui s’y sont installés.

Comment faire revivre ce patrimoine architectural et comment l’insérer dans la dynamique touristique ? Un enjeu de nature à vivifier encore plus l’héritage pluriel et séculaire de l’ile de la cinquième saison.

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