Tunisie : Aucune loi n’interdit «l’accompagnement d’étrangers» affirme le ministère de l’Intérieur

Est-il interdit pour un(e) Tunisien/ne d’être en compagnie d’un étranger ? C’est ce qui ressort de plusieurs témoignages que nous avons recueilli, qui font état d’arrestations par la police tunisienne sous ce prétexte. Nous avons contacté le ministère de l’Intérieur pour des éclaircissements.

Police

Témoignages

Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21, vers 1h du matin, un jeune tunisien, W., a été arrêté à Tunis, au niveau de l’avenue Bourguiba, alors qu’il revenait de La Goulette dans un taxi en compagnie d’une amie de nationalité française.

« Le policier nous a demandé nos papiers d’identité et nous a fait descendre du taxi. Il m’a dit : ‘Tu sais que c’est interdit d’être avec des étrangers après minuit ? Tu dois déclarer à la police que tu accompagnes une étrangère’ « . W. a assuré au policier ne pas connaître cette loi, et le policier lui a répondu qu’il s’agissait de « la sécurité des étrangers ».

« C’est absurde. Si je rencontre un ami étranger dans un café et qu’on veut rentrer en taxi, je dois d’abord aller le déclarer au poste ? », s’étonne W.

Ensuite, durant environ une vingtaine de minutes, les deux jeunes ont été retenus pour répondre à plusieurs autres questions comme : »Où est-ce que vous habitez ? », « Depuis combien temps vous êtes en Tunisie ? »… Pendant que W. et son amie insistaient pour savoir selon quelle loi le policier les interrogeait ainsi, un autre policier a rejoint son collègue, sans parler. « On fait quoi maintenant ? », a demandé la Française au policier ? On va au poste ? », sans qu’elle ait de réponse. À la fin, le policier les a finalement laissé partir, sans les amener au poste.

« C’est du harcèlement ! « 

Une autre personne, une jeune tunisienne du nom de A., nous a raconté une histoire similaire. Elle a été arrêtée elle aussi alors qu’elle se trouvait avec un ami libanais dans un taxi qui allait de l’Avenue Bourguiba à Tunis vers La Goulette. C’était en 2012, et il était 20h (donc avant minuit).

« Il nous a fait descendre et m’a dit : ‘Qu’est-ce que vous faites là ?’ J’ai répondu qu’on allait dîner à La Goulette. Il m’a dit : ‘Tu sais ce que tu risques là ? Tu vas voir au ministère de l’Intérieur !’ « .A. a refusé de se rendre au ministère, demandant de savoir d’abord de quoi elle était accusée.

« Accompagnement d’étranger », lui a répondu le policier, qui a haussé le ton, a fait venir ses collègues, a demandé à son ami libanais de partir et a tenté d’emmener la jeune fille de force.

« J‘ai appelé des avocats, et mon ami libanais a appelé son ambassade, qui a contacté le ministère de l’Intérieur. Par la suite le ministère de l’Intérieur a présenté ses excuses. », rapporte A. « C’est du harcèlement ! », s’indigne-t-elle.

L., une jeune femme tunisienne, nous a enfin raconté un troisième témoignage. C’était en 2010 au parc du Belvédère, à Tunis, à la tombée de la nuit, en compagnie d’un ami français. Elle ne se trouvait pas avec lui dans une voiture mais elle était assise au parc du Belvédère. « Deux policiers se sont approchés vers nous. L’un d’eux nous  nous a dit qu’on n’avait pas le droit de marcher ensemble. Je lui ai répondu que ce n’était pas vrai, il a nié en affirmant qu’on doit en informer la police même.  Il nous a ordonné de sortir et pour éviter les problèmes, on est partis« , raconte-t-elle.

Aucune loi n’interdit « l’accompagnement d’étrangers », nous affirme le ministère de l’Intérieur

Nous avons joint ce mardi 7 octobre le ministère de l’Intérieur pour vérifier l’existence d’une telle loi ou d’une circulaire « interdisant » « l’accompagnement d’étranger ». « Il n’y a aucune loi, et je vais donner des directives pour arrêter cela !« , nous a déclaré Mohamed Ali Laroui, le porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Nous avons également contacté l’avocate Ines Harrath, qui nous a assuré qu’il n’existait aucune loi interdisant aux Tunisiens de marcher ou d’être en voiture avec des étrangers : « En fait, il existe une loi qui interdit à un Tunisien d’héberger un étranger chez lui sans le déclarer au poste de police, explique Me Harrath. Il existe également une loi qui pénalise la prostitution. C’est pour cela que les policiers procèdent à des contrôles d’identité des Tunisiens qui sont en compagnie d’étrangers, et il y a beaucoup d’abus.« 

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