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Qu’un RCDiste se présente aux présidentielles ne déplaît pas à Ghannouchi : deux politologues français commentent ce choix

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Rached Ghannouchi à l’Académie diplomatique internationale.  Crédit Photo François Burgat 20 juin 2014
Rached Ghannouchi à l’Académie diplomatique internationale (Crédit Photo François Burgat 20 juin 2014)

François Burgat, politologue et directeur de recherche à (IREMAM), a commenté hier sur sa page facebook l’intervention de  Rached Ghannouchi, le 20 juin  à l’Académie diplomatique internationale. Ce dernier a affirmé qu’il « n’envisageait pas de s’opposer, le cas échéant, à une candidature présidentielle en provenance des rangs de l’ex-RCD. » Le chercheur, Vincent Geisser, répond à son ami Burgat et analyse le choix de Ghannouchi.

« Rached Ghannouchi a explicité qu’il n’était en fait aucunement défavorable au principe de poursuites judiciaires ciblées contre les anciens responsables accusés de faits répréhensibles clairement documentés mais qu’il s’opposait à ce que soit criminalisée une simple appartenance à l’ex-parti au pouvoir » précise le politologue.

Un signe de faiblesse d’Ennahdha et de reniement des idéaux révolutionnaires ?

François Burgat, auteur de » L’islamisme au Maghreb : La voix du Sud », analyse cette prise de position du chef du parti islamiste en posant deux questions essentielles de l’ordre de la justice transitionnelle en Tunisie

« La réintégration individuelle des acteurs de l’ancien régime est-elle un signe de faiblesse et de reniement des idéaux révolutionnaires comme le pense une partie au moins de la gauche tunisienne ? Ou bien, au contraire, la posture inclusive d’Ennahda pourrait-elle permettre à la Tunisie d’éviter le piège du réflexe d’exclusion auquel, avant les Libyens, avaient cédé les Américains et leurs alliés chiites en Irak, avec les terribles conséquences que l’on sait ? » s’interroge-t-il en comparant le cas tunisien à la Libye où  « l’application de la législation destinée à « épurer » la scène politique des collaborateurs de Moammar Qadhafi a conduit, parmi d’autres, à la démission en mai dernier du président du parlement, Mohamed Megaryef ».

Rached Ghannouchi pourrait renouveler l’erreur de 1989

Le chercheur Vincent Geisser, politologue à l’Ifpo (‘Institut français du Proche-Orient) et auteur avec Michel Camau du livre « Habib Bourguiba : La trace et l’héritage »,  répond à ses interrogations en évoquant le choix de  Rached Ghannouchi qui a fait « l’erreur » d’avoir « cru à l’ouverture de Ben Ali ». Il a rappelé le risque d’un « renouvellement » d’un choix qui a conduit la Tunisie à un régime autoritaire.

Il a également mis l’accent sur la situation de cette élite politique de l’RCD qui est, d’après lui, « resté quasi intact ». Pour Geisser, la concertation entre Ennahdha et les démocrates tunisiens qui se sont opposés à la dictature est essentielle.

« Faute de justice transitionnelle, une réhabilitation du RCD équivaudrait à un retour des pratiques maffieuses et clientélistes en Tunisie, et à une forme de résilience autoritaire. Par ailleurs, il y a suffisamment d’élites démocrates en Tunisie avec qui travailler. Beaucoup de hauts fonctionnaires de qualité, de militants, d’experts qui ne sont pas corrompus ! Rached Ghannouchi devrait écouter les conseils du président de l’Assemblée nationale constituante, le social démocrate Mustapha Ben Jaafar, qui met en garde contre un retour de l’autoritarisme en Tunisie. »

Rappelons que les prochaines élections présidentielles en Tunisie sont prévues, par l’ISIE, pour le 23 novembre 2014.

 

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