Les hommes d’affaires, otages politiques ! – par Lotfi Larguet

TRIBUNE – La Tunisie traverse, en ce moment, une période trouble pleine d’incertitudes et de flou avec un gouvernement qui paraît impuissant face aux multiples exigences que nécessite la situation économique et politique.

Sur le plan politique, l’annonce du Premier ministre d’un possible report des élections législatives et présidentielle n’est pas pour rassurer quant à l’éventuelle stabilisation du pays par des institutions librement élues et représentatives des plus larges couches sociales.

Il faut dire qu’il ne s’agit pas d’un «scoop» mais d’une conséquence logique que nous avons senti venir en raison des tergiversations d’une Assemblée Nationale Constituante hésitante, calculatrice et profondément divisée, et devenue aux yeux d’une bonne partie des Tunisiens comme le symbole de la mauvaise gouvernance, de l’incapacité et de l’incompétence. En effet, le « Bardo » s’est transformé comme le lieu des instrumentalisations politiciennes entretenues essentiellement par les partis de la défunte Troïka.

Sur le plan économique, la dernière polémique à propos de la venue en Tunisie d’individus portant la nationalité israélienne a été lancée par ceux-là mêmes qui avaient complètement et totalement ignoré cette question lors des deux dernières années.

Cette polémique, ajoutée à quelques pratiques zélées, mettent en danger, que l’on veuille ou pas, la prochaine saison touristique qui pourrait déboucher sur la poursuite de la crise dans ce secteur. Cependant, il ne s’agit pas du seul accroc ou du seul obstacle qui s’élève devant un possible redressement économique.

Outre quelques mouvements sociaux dont on peut comprendre la légitimité, mais que l’on peut considérer comme inopportuns et que l’on pourrait lier, par exemple, à une reprise réelle de l’économie tunisienne, le problème des hommes d’affaires tunisiens demeure encore entièrement posé.

Plusieurs d’entre eux se sont retrouvés accusés après le 14 janvier de malversations, se voyant confisquer leurs biens ou privés de leurs titres de voyage. Ils étaient devenus les otages de certains partis qui ont exploité leur situation précaire pour leur soutirer, dit-on, des sommes d’argent colossales en dehors de tout cadre légal.

Si ce comportement véreux est confirmé, il constitue un chantage insupportable qui doit absolument cesser. A ce sujet, le gouvernement de Mehdi Jomâa est invité à trouver le plus rapidement possible une solution à ce problème pour pouvoir le dépasser, en prenant en compte les intérêts du pays.

Cela pourrait passer par une transaction fiscale juste et équitable et qui aurait pour principal souci une «réparation» raisonnable et légitime des dommages faits à l’Etat, et viendrait mettre un terme à une situation qui perdure.

Les conditions de cette éventuelle transaction devraient être conduites de manière objective, afin de soumettre tous les intéressés aux mêmes règles, et transparente, loin de toute opacité, pour assurer une parfaite égalité dans le traitement de leurs cas.

Aujourd’hui, tous les concernés sont certainement prêts à franchir ce pas à commencer par le syndicat patronal qui a affirmé, par la voix de ses responsables, vouloir dépasser ce «contentieux» et «libérer» ses adhérents à reprendre leurs activités normalement.

Cette normalisation ne peut procurer que des effets positifs sur l’environnement économique et des affaires et contribuer à la relance des investissements dans le pays pour tenter de sortir de cette crise étouffante qui risque d’être catastrophique pour l’ensemble des Tunisiens.

C’est dire la lourde responsabilité du gouvernement pour solutionner cette délicate question et lui trouver une issue logique et surtout appropriée. Il y va de l’avenir de la Tunisie que l’on souhaite fondé sur des règles claires et justes afin qu’aucun citoyen ne soit lésé ni touché dans ses droits.

L.L.

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