Le constat est désormais partagé par l’ensemble du secteur : la demande mondiale pour les spiritueux ralentit, et les stocks s’accumulent. Whisky, cognac, tequila, rhum… aucune grande catégorie de spiritueux premium n’échappe à ce retournement. Selon le Financial Times, cette situation pourrait même contraindre les producteurs à réduire leurs prix, un ajustement douloureux pour l’industrie mais potentiellement bénéfique pour les consommateurs.
Le quotidien économique britannique révèle que cinq géants mondiaux – Diageo, Pernod Ricard, Campari, Brown-Forman et Rémy Cointreau – détiennent aujourd’hui près de 22 milliards de dollars de spiritueux vieillis invendus, soit le niveau le plus élevé observé depuis dix ans. Un chiffre spectaculaire qui marque la fin brutale d’un cycle d’euphorie entamé pendant la pandémie.
Entre 2020 et 2022, la pandémie avait dopé la consommation d’alcool à domicile dans de nombreux pays occidentaux, poussant les producteurs à miser sur une croissance durable et à investir massivement dans les spiritueux premium. Mais dès 2023, l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, les arbitrages des ménages et le recul de la consommation chez les jeunes générations ont brutalement inversé la tendance. Les volumes étant déjà engagés, les stocks ont explosé, immobilisant du capital et fragilisant les bilans.
Classement mondial : l’Europe reste la région la plus consommatrice
À l’échelle mondiale, la consommation d’alcool reste très inégalement répartie. Les données internationales montrent que l’Europe centrale et orientale domine toujours le classement des pays les plus consommateurs d’alcool pur par habitant (15 ans et plus).
Des pays comme la Roumanie, la Géorgie, la Lettonie, la Moldavie ou la Tchéquie affichent des niveaux compris entre 13 et 17 litres d’alcool pur par an, très au-dessus de la moyenne mondiale estimée autour de 5 à 6 litres. Les Amériques se situent à un niveau intermédiaire, tandis que l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient figurent parmi les régions où la consommation est structurellement faible.
Dans le monde arabe, l’alcool reste un produit de niche. Les facteurs culturels, religieux et réglementaires limitent fortement la consommation officielle, généralement inférieure à 2 litres d’alcool pur par habitant et par an. Cette réalité explique pourquoi la crise actuelle des spiritueux touche principalement les marchés occidentaux et asiatiques, et beaucoup moins les pays arabes.
Tunisie : une consommation stable, portée par la bière
La Tunisie occupe une position particulière. Si la consommation globale d’alcool y demeure faible en comparaison internationale, elle ne connaît pas de baisse structurelle récente, contrairement aux marchés occidentaux des spiritueux premium. Cette stabilité s’explique par la place centrale occupée par la bière, qui constitue de loin la boisson alcoolisée la plus consommée dans le pays.
Selon le rapport BarthHaas 2024/2025, la Tunisie a produit environ 1,757 million d’hectolitres de bière en 2024, contre 1,788 million en 2023 et 1,856 million en 2022. Si les volumes enregistrent un léger recul sur trois ans, ils ne traduisent pas un effondrement de la consommation, mais plutôt une stabilisation d’un marché arrivé à maturité.
Sur cette production, près de 1,721 million d’hectolitres ont été écoulés sur le marché local, soit plus de 172 millions de litres, confirmant la solidité de la demande intérieure. Les variations observées d’une année ou d’un trimestre à l’autre sont essentiellement conjoncturelles et saisonnières, sans remise en cause de la tendance globale.
Dans ce paysage, la SFBT demeure l’acteur clé du secteur. Elle produit les marques de bière les plus vendues en Tunisie et capte l’essentiel du marché local. En 2025, la SFBT a ainsi écoulé 1 767 546 hectolitres de bière, contre 1 721 682 hectolitres en 2024, soit une progression modérée qui confirme la résilience de la demande intérieure, dans un marché arrivé à maturité mais toujours solide.
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