La contestation prend de l’ampleur à Manzel Bouzelfa, dans le gouvernorat de Nabeul. Des habitants ont organisé une manifestation sur la route de Takelsa pour réclamer l’arrêt des activités d’une unité industrielle spécialisée dans l’élevage d’insectes et de mouches noires. Au cœur de leur mobilisation : les risques environnementaux et sanitaires qu’ils associent à ce projet, implanté à proximité de zones résidentielles, agricoles et d’établissements publics.
La mobilisation s’est cristallisée autour des conditions d’implantation et du fonctionnement de cette unité, dont l’activité repose notamment sur l’utilisation de déchets ménagers pour alimenter les larves. Selon Jamil Hachri, chef du département de la sécurité hydrique au Centre tunisien des études de sécurité globale, cette proximité avec les habitations, un établissement scolaire et un hôpital soulève des inquiétudes quant aux nuisances susceptibles d’être générées par le traitement de ces déchets.
Les riverains redoutent notamment les mauvaises odeurs et les émissions de gaz liées à la décomposition des matières organiques. Ils craignent également des conséquences sur leur environnement immédiat, dans un contexte marqué par les pressions croissantes sur les ressources naturelles et les effets du changement climatique.
Entre inquiétudes environnementales et interrogations sur les autorisations
La question du volume de déchets traités quotidiennement constitue l’un des principaux points de crispation. Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Nabeul, Imed Bay, évoque entre 30 et 40 tonnes de déchets par jour. Un volume qui alimente les craintes des habitants et des agriculteurs quant aux éventuelles répercussions de l’activité sur les sols, les ressources hydriques et les exploitations agricoles de la région.
L’implantation de l’unité sur une terre agricole irriguée suscite également des interrogations. Les représentants des agriculteurs dénoncent l’absence, selon eux, de changement préalable de la vocation juridique du terrain. Ils s’interrogent par ailleurs sur les conditions dans lesquelles les autorisations administratives ont été accordées, affirmant que les habitants n’ont pas été suffisamment informés du projet et de ses éventuelles conséquences.
Au-delà des nuisances immédiates, les inquiétudes portent sur la qualité de la nappe phréatique et sur l’image agricole de Manzel Bouzelfa, une région connue pour son activité agricole. Les habitants demandent aux autorités compétentes de clarifier les conditions d’exploitation de l’unité et de rendre accessibles les études d’impact environnemental et social auxquelles ils font référence.
Les habitants menacent de saisir la justice
Face à ce qu’ils considèrent comme un risque pour leur cadre de vie, les protestataires appellent à une intervention urgente des autorités. Ils annoncent leur intention de recourir à la justice et n’excluent pas d’intensifier leur mobilisation afin d’empêcher la mise en exploitation de l’unité.
Le différend soulève, au-delà du cas de Manzel Bouzelfa, la question de la concertation avec les populations locales lors de l’installation de projets industriels susceptibles d’avoir des incidences environnementales. Il pose également celle de l’équilibre entre les activités de valorisation des déchets organiques et les garanties sanitaires et environnementales exigées pour leur exploitation.
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Les risques évoqués par les habitants et les représentants agricoles demeurent des inquiétudes qui nécessitent d’être confrontées aux données techniques et aux conclusions des études d’impact. La nature exacte des autorisations délivrées, les dispositifs de traitement des déchets et les mesures de contrôle environnemental appliquées à l’unité restent notamment à éclaircir.