A Béja, la gestion des déchets devient le terrain d’une expérience mêlant technologie japonaise, réduction des émissions de méthane et coopération climatique. La Tunisie déploie, avec l’appui du Japon, la méthode dite « Fukuoka » au niveau d’une unité de traitement des déchets, dans le cadre du Mécanisme de crédit conjoint (JCM) conclu entre les deux pays.
L’objectif dépasse la seule amélioration du traitement des déchets. Le projet s’inscrit dans une démarche plus large de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de développement de l’économie circulaire et de coopération internationale autour des mécanismes de l’Accord de Paris.
Béja comme laboratoire climatique
La méthode Fukuoka constitue le cœur technologique de cette expérience. Développée au Japon, elle repose sur un mode de stockage semi-aérobie des déchets destiné à favoriser la circulation de l’air dans les installations d’enfouissement.
Cette configuration permet notamment de réduire les émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant, tout en améliorant les conditions de stabilisation des déchets et la gestion des eaux de drainage.
Pour la Tunisie, l’intérêt est donc double : améliorer progressivement les pratiques de gestion des déchets tout en s’attaquant à une source importante d’émissions.
Le projet de Béja ne constitue d’ailleurs pas une initiative apparue du jour au lendemain. Sa mise en œuvre s’inscrit dans le cadre d’une coopération engagée depuis plusieurs années entre les partenaires tunisiens et japonais.
Du traitement des déchets aux crédits carbone
L’autre dimension du projet est directement liée à la politique climatique internationale.
Le dispositif s’inscrit dans le cadre du Mécanisme de crédit conjoint (JCM) entre la Tunisie et le Japon, lui-même aligné sur l’article 6 de l’Accord de Paris. Ce mécanisme permet de soutenir des projets utilisant des technologies ou des savoir-faire permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
À terme, les réductions d’émissions obtenues grâce au projet peuvent ainsi être quantifiées et valorisées dans le cadre du mécanisme de coopération carbone.
Le traitement des déchets devient alors plus qu’une question environnementale locale : il s’intègre à une architecture internationale de financement et de comptabilisation de l’action climatique.
Une expérience destinée à dépasser Béja
L’intérêt du projet réside également dans sa dimension pilote. Les résultats obtenus à Béja doivent permettre d’accumuler des données, de mesurer l’efficacité de la méthode et de capitaliser sur l’expertise développée.
Cette expérience pourrait ainsi servir de référence pour d’autres territoires confrontés aux mêmes difficultés de gestion des déchets et de réduction des émissions de méthane.
C’est précisément dans cette logique qu’une session de formation a été organisée les 18 et 19 août 2026 à destination d’une délégation réunissant des représentants de plusieurs pays africains, avec le soutien d’ONU-Habitat.
L’objectif était de partager les expériences et les compétences, mais aussi de renforcer les capacités dans deux domaines désormais étroitement liés : la gestion durable des déchets et l’action climatique.
Un modèle à l’épreuve du terrain
Le véritable enjeu se situe désormais dans la capacité de cette technologie à démontrer son efficacité dans les conditions tunisiennes.
Si l’expérience de Béja permet de réduire effectivement les émissions de méthane tout en améliorant la gestion du site, elle pourrait ouvrir la voie à une diffusion plus large de la méthode.
La Tunisie ne se contente donc pas d’importer une technologie japonaise : elle cherche à faire de Béja un terrain d’expérimentation susceptible d’alimenter une coopération climatique à l’échelle africaine.
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