L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,6% au premier trimestre 2026, selon les données publiées par l’Institut national de la statistique. Le chiffre est positif, mais il ne dit pas tout. Sur la même période, la demande intérieure a progressé de 5,2%, contribuant à hauteur de 5,64 points à la croissance du PIB.
Cet écart n’est pas une anomalie. Il révèle une tension centrale de l’économie tunisienne : l’activité interne existe, mais une partie de son effet est absorbée par les importations. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette croissance reste peu perceptible dans le quotidien.
Une demande intérieure dynamique
Les données de l’INS montrent que la demande intérieure a soutenu l’activité au cours des trois premiers mois de l’année. Consommation et investissement ont progressé, envoyant un signal positif sur la vitalité du marché interne.
Mais cette dynamique ne se retrouve pas entièrement dans le chiffre final de croissance. Avec une contribution de 5,64 points, on aurait pu attendre une progression plus forte du PIB. La différence vient principalement du commerce extérieur.
Les importations absorbent une partie de l’élan
Les échanges extérieurs ont contribué négativement à la croissance du premier trimestre, à hauteur de -3,08 points. Les importations ont progressé de 9,3%, contre 4,2% pour les exportations.
Autrement dit, une partie de la demande intérieure s’est transformée en achats à l’étranger plutôt qu’en production locale. Cela limite l’effet de la croissance sur l’emploi, les revenus et la valeur ajoutée nationale.
Le calcul résume le paradoxe : +5,64 points issus de la demande intérieure, amputés de 3,08 points par les échanges extérieurs, soit environ 2,6% de croissance au final.
Des moteurs existent, mais pas partout
Plusieurs secteurs restent bien orientés. L’agriculture affiche une hausse de 6,8% de sa valeur ajoutée et contribue à 0,61 point de la croissance globale. L’industrie manufacturière progresse de 3,1%, portée notamment par l’agroalimentaire. Les services avancent de 2,2%.
Ces chiffres montrent qu’une partie de l’économie continue de produire et de se développer. Mais la reprise reste inégale.
Le secteur de la construction, lui, recule fortement, avec une baisse de 7,1% de sa valeur ajoutée. Or le bâtiment entraîne avec lui les matériaux, le crédit, l’immobilier et l’emploi. Son repli traduit une prudence persistante des ménages, des investisseurs et des financeurs.
L’emploi reste le point faible
Le chômage global a légèrement reculé à 15%, contre 15,2% au trimestre précédent. L’économie a créé 16.500 emplois nets sur la période.
Mais le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur est passé de 22,5% à 24,2% en un trimestre. Chez les jeunes de 15 à 24 ans, il reste très élevé, à 37,5%.
La croissance crée donc des emplois, mais pas suffisamment là où la pression sociale est la plus forte. Ce déséquilibre souligne une difficulté structurelle : l’économie tunisienne peine encore à absorber les diplômés et à créer assez d’emplois qualifiés.
Une croissance réelle, mais encore invisible
La Tunisie n’est pas en récession. Sa demande intérieure est active, son agriculture tient, son industrie avance et certains services soutiennent l’activité. Mais une partie de cet élan est absorbée par les importations, tandis que la construction recule et que le chômage qualifié reste élevé.
C’est ce qui explique le décalage entre le chiffre officiel et le ressenti économique. À 2,6%, le pays avance. Mais cette croissance n’est pas encore assez locale, assez homogène et assez créatrice d’emplois qualifiés pour changer le quotidien des Tunisiens.
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