Les importations tunisiennes de produits pétroliers raffinés en provenance de Russie, notamment des carburants comme le diesel et l’essence, ont chuté de 50 % au cours des neuf premiers mois de 2026. Malgré ce recul, la Russie demeure le premier fournisseur de la Tunisie pour ces produits acheminés par voie maritime, dans un contexte de recomposition des approvisionnements et de tensions sur les marchés énergétiques.
Selon un rapport publié samedi 10 octobre 2026 par la plateforme spécialisée Attaqa, les livraisons russes ont atteint une moyenne de 24 000 barils par jour entre janvier et septembre 2026, contre 48 000 barils par jour durant la même période de 2025.
Ces données, établies par l’Unité de recherche sur l’énergie, basée à Washington, concernent exclusivement les produits pétroliers raffinés transportés par voie maritime et non les importations de pétrole brut.
La part de la Russie passe de 62 % à 36 %
La diminution des livraisons russes dépasse largement le recul global des importations tunisiennes de produits pétroliers raffinés.
Sur les neuf premiers mois de 2026, celles-ci ont diminué de 14 %, passant de 78 000 à 67 000 barils par jour en moyenne annuelle comparée.
La part de la Russie dans ces approvisionnements est ainsi passée d’environ 61,5 % en 2025 à 35,8 % en 2026, sur les périodes considérées.
Dans le même temps, les volumes provenant des autres fournisseurs sont passés d’environ 30 000 à 43 000 barils par jour, selon les chiffres du rapport.
Cette évolution montre une modification importante de la répartition géographique des approvisionnements tunisiens.
Italie, Pays-Bas et Égypte parmi les principaux fournisseurs
Derrière la Russie, l’Italie occupe désormais la deuxième position avec une moyenne de 8 000 barils par jour, suivie des Pays-Bas avec 6 000 barils.
L’Égypte et l’Espagne fournissent chacune environ 5 000 barils par jour. La Tunisie reçoit également des cargaisons en provenance de Grèce, de Chypre, de Turquie et d’Inde.
Les Pays-Bas ont notamment fait leur retour parmi les fournisseurs en mars 2026, après une absence remontant à juin 2024.
L’Égypte a, de son côté, fortement augmenté ses livraisons, alors que ses expéditions vers la Tunisie étaient restées très limitées durant les neuf premiers mois de 2025.
Des restrictions russes sur les exportations de carburants
Le recul des livraisons russes intervient dans un contexte de restrictions imposées par Moscou sur les exportations de certains carburants.
Depuis juillet 2026, la Russie a adopté plusieurs mesures limitant notamment les exportations d’essence et de diesel, afin de préserver son approvisionnement intérieur.
Ces décisions sont intervenues après des perturbations de la production et du raffinage, liées notamment aux attaques ukrainiennes contre des installations pétrolières russes.
Des exemptions ont toutefois été prévues pour certaines catégories d’exportateurs et de livraisons. Ces restrictions constituent un élément d’explication possible, sans suffire à établir les causes exactes de la baisse des importations tunisiennes sur l’ensemble des neuf premiers mois de l’année.
Cette évolution contraste avec la forte progression des achats tunisiens de produits pétroliers russes observée en 2023, après la réorientation d’une partie des exportations russes vers les marchés nord-africains.
Une facture énergétique tunisienne toujours plus lourde
La diminution des volumes importés ne se traduit pas nécessairement par une réduction de la facture énergétique.
Selon les dernières statistiques de l’Institut national de la statistique (INS), les importations tunisiennes de produits énergétiques, exprimées en valeur, ont augmenté de 28,5 % durant les huit premiers mois de 2026.
Le déficit commercial énergétique s’est ainsi creusé à 8,93 milliards de dinars, contre 7,15 milliards durant la même période de 2025.
Ces chiffres concernent l’ensemble du secteur énergétique et ne permettent pas d’isoler l’effet de la baisse des livraisons russes.
La Tunisie reste fortement dépendante des importations pour satisfaire sa consommation de carburants. Sa seule raffinerie, la STIR de Bizerte, dispose d’une capacité de traitement qui ne couvre qu’environ 30 % des besoins du marché national, selon Attaqa.
Le recul de la part russe et la progression d’autres fournisseurs montrent une recomposition des approvisionnements tunisiens. Reste à déterminer dans quelle mesure cette évolution modifie les conditions d’achat et le coût des carburants pour le pays.
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