L’amélioration du pouvoir d’achat en Tunisie ne peut plus se limiter à des augmentations salariales ponctuelles. C’est le constat sans appel dressé par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), qui a présenté, ce mardi, une analyse détaillée de la situation économique et sociale lors d’une rencontre consacrée au projet de loi de finances 2026.
Selon l’IACE, les chiffres démontrent un décalage structurel entre les revenus des ménages et le coût réel de la vie. L’Institut rappelle que le salaire minimum garanti pour l’année 2025 s’élève à 528 dinars, un niveau jugé très faible au regard des dépenses essentielles. À titre de comparaison, le coût mensuel réel de la vie atteint environ 1 200 dinars en milieu rural. En milieu urbain, les dépenses moyennes d’un ménage composé de deux adultes et deux enfants varient entre 3 000 et 3 500 dinars, et peuvent grimper jusqu’à 4 500 dinars pour un niveau de vie plus confortable.
Cette pression financière s’explique en grande partie par le poids croissant des dépenses liées à l’éducation et à la santé. L’IACE souligne qu’une famille consacre entre 10 et 20 % de ses dépenses à un seul enfant scolarisé. Ce taux augmente fortement pour les ménages ayant deux enfants dans les classes terminales, notamment en période de baccalauréat, où les frais peuvent représenter entre 30 et 40 % du budget familial.
Réformes profondes de l’enseignement et de la santé publiques.
À cela s’ajoutent les dépenses de santé, qui absorbent en moyenne entre 5 et 8 % du revenu annuel des ménages. Au total, l’éducation et la santé mobilisent près de 30 % du revenu annuel, un niveau qui empêche la classe moyenne de constituer une épargne et fragilise durablement son équilibre financier. Dans ce contexte, l’IACE estime que les augmentations de salaires perdent leur sens en l’absence de réformes profondes de l’enseignement et de la santé publiques.
Sur le plan macroéconomique, les données de la Banque centrale de Tunisie indiquent une stabilisation du taux d’inflation autour de 5 %. Toutefois, cette moyenne masque une réalité plus préoccupante : les prix des produits alimentaires non de base continuent d’augmenter à un rythme soutenu, atteignant 21 %. Une évolution qui pèse lourdement sur les catégories sociales les plus vulnérables, mais aussi sur la classe moyenne.
L’IACE alerte également sur la persistance de la pauvreté, dont le taux atteint désormais 18 %, ainsi que sur l’aggravation des inégalités. Les chiffres révèlent que 70 % de la population ne détient que 10 % de la richesse nationale, un déséquilibre qui menace la cohésion sociale.
Face à ce tableau, l’Institut appelle à un changement d’approche dans les politiques publiques. Pour l’IACE, la préservation du pouvoir d’achat passe désormais par une réforme structurelle des services sociaux, seule à même de soulager durablement les ménages tunisiens et de redonner de la consistance à toute politique salariale.
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