Les pluies exceptionnelles qui se sont abattues sur le gouvernorat de Nabeul ont complètement renversé la situation hydrique dans le Cap Bon. En quelques jours, l’ensemble des barrages de la région a atteint 100% de remplissage. Une amélioration spectaculaire qui contraste avec la faiblesse persistante des réserves dans le nord et le centre du pays.
L’épisode pluvieux qui a touché le gouvernorat de Nabeul s’est distingué par son intensité exceptionnelle. Dans certaines localités, notamment à Fondouk Jedid, les cumuls ont dépassé les 300 millimètres, tandis que plusieurs autres zones ont enregistré plus de 200 millimètres. Ces quantités, rares à cette échelle, ont eu un impact immédiat sur les ressources en eau de surface et souterraines.
Selon l’expert et ingénieur Mohamed Salah Glaied, ces apports devraient également améliorer la recharge des nappes phréatiques et contribuer à freiner la progression de la salinité des sols agricoles, un problème chronique qui pèse lourdement sur l’agriculture irriguée de la région, a-t-il indiqué sur Mosaique fm.
Les barrages du Cap Bon retrouvent leur pleine capacité
Conséquence directe de ces précipitations abondantes : l’ensemble des barrages du gouvernorat de Nabeul, dont la capacité totale avoisine les 50 millions de mètres cubes, affiche désormais un taux de remplissage de 100%. Il y a encore peu de temps, ces réserves ne dépassaient pas une dizaine de millions de mètres cubes, soit à peine plus du tiers de leur capacité.
Le barrage de Lebna, situé dans la délégation de Mida et considéré comme le plus important de la région avec une capacité d’environ 23 millions de mètres cubes, a lui aussi atteint son niveau maximal. Il redevient ainsi un pilier essentiel pour le soutien des périmètres irrigués et de l’activité agricole dans le Cap Bon.
Cette amélioration ne s’est pas limitée à Nabeul : les barrages du gouvernorat de Zaghouan ainsi qu’une partie de ceux de Sousse ont également bénéficié de ces apports, confirmant l’ampleur régionale de cet épisode pluvieux.
Un contraste préoccupant avec le nord et le centre du pays
Ce tableau positif tranche toutefois avec la situation dans le reste du pays. Les grands barrages du nord, qui constituent l’ossature principale du système hydrique national, n’affichent qu’un taux de remplissage avoisinant les 35%. Dans le centre, des ouvrages stratégiques comme Nebhana, Sidi Saâd ou El Houareb restent, eux aussi, à des niveaux très inférieurs aux seuils nécessaires pour assurer une véritable sécurité hydrique.
Dans ces conditions, les experts estiment qu’il serait illusoire de parler d’un retour durable à l’abondance. Après plusieurs années marquées par le stress hydrique, la Tunisie demeure confrontée à une rareté structurelle de la ressource et contrainte d’en gérer les effets sur le long terme.
En effet, l’expert en agriculture Anis Ben Rayana, a affirmé, samedi, que les pluies diluviennes et les inondations enregistrées la semaine dernière ont considérablement renforcé les réserves des barrages. Selon ses estimations, le taux de remplissage global des barrages a atteint près de 40% suite à ces intempéries.
Des eaux perdues et un modèle de gestion à repenser
Les dernières intempéries ont également mis en lumière les limites du dispositif actuel de collecte et de stockage. D’importants volumes d’eau se sont écoulés hors des bassins versants équipés, sans pouvoir être mobilisés.
Ces apports auraient pourtant pu être stockés dans des barrages collinaires ou des retenues artificielles, puis utilisés pour l’irrigation, la recharge des nappes ou le soutien des barrages voisins via les oueds.
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