Après un été difficile, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) accélère la préparation de la prochaine saison estivale. Renforcement des centrales existantes, nouvelle turbine à gaz, moteurs de production, stockage par batteries et projets solaires : le programme présenté au gouvernement le 9 octobre 2026 est ambitieux. Mais entre les capacités annoncées et les mégawatts effectivement disponibles, le calendrier d’exécution sera déterminant pour sécuriser l’approvisionnement électrique durant l’été 2027.
Le plan d’action à court terme présenté par la STEG repose d’abord sur l’amélioration des installations existantes et la mobilisation de nouvelles capacités de production. L’objectif est de mieux répondre aux pics de consommation, particulièrement sensibles durant les périodes de fortes chaleurs.
Des centaines de mégawatts à mobiliser avant l’été
Parmi les principales mesures figure l’installation de systèmes de refroidissement de l’air à l’entrée des turbines des centrales existantes. Cette opération devrait permettre de récupérer environ 250 mégawatts (MW) de capacité supplémentaire, en améliorant les performances des unités de production lorsque les températures sont élevées.
Le programme prévoit également l’acquisition et la mise en service d’une troisième turbine à gaz à la centrale de Borj El Amri, d’une puissance de 300 MW, ainsi que l’acquisition de moteurs à gaz totalisant 200 MW. À cela s’ajoute le rétablissement de la pleine capacité de production des centrales de Kchabta et de Mateur, estimée à environ 190 MW au total.
Ces chiffres donnent la mesure de l’effort envisagé. Ils correspondent toutefois à des capacités attendues ou à récupérer, et non à une production supplémentaire déjà disponible. La mise en service des équipements, la disponibilité des installations et les délais de réalisation conditionneront leur contribution réelle au système électrique.
Autre volet du programme : l’installation d’un système de stockage par batteries d’une puissance de 300 MW et d’une capacité énergétique de 600 mégawattheures (MWh). Ce dispositif doit offrir davantage de flexibilité dans la gestion de l’électricité, notamment lors des pointes de demande.
Le solaire et l’éolien soumis à l’épreuve du calendrier
La STEG mise également sur les énergies renouvelables pour diversifier les sources de production. Le plan prévoit le raccordement d’environ 300 MW issus de projets renouvelables avant l’été 2027, auxquels devraient s’ajouter près de 40 MW dans le cadre de la cinquième tranche du régime des autorisations.
Plusieurs opérations sont identifiées, dont l’extension du parc éolien de Sidi Daoud, avec une capacité supplémentaire d’environ 30 MW, et la réalisation de deux centrales photovoltaïques dans le Sud tunisien.
À Béni M’hira, une centrale solaire de 50 MW est prévue avec un système de stockage par batteries de 20 MWh. Le calendrier de ce projet illustre les étapes qui restent à franchir : la STEG a publié un appel d’offres international le 13 octobre 2026, avec une date limite de réception des offres fixée au 10 décembre. Le projet est donc encore au stade de la procédure de consultation à cette date.
Une autre centrale photovoltaïque de 200 MW est prévue à Tataouine, avec un système de stockage de 100 MWh. Ces installations doivent contribuer à renforcer la production renouvelable, mais leur apport à l’été prochain dépendra notamment de l’avancement des procédures, des travaux et des opérations de raccordement.
L’enjeu ne se limite d’ailleurs pas à augmenter les capacités installées. La production solaire et éolienne varie selon les conditions météorologiques et les heures de la journée. Le stockage et la modernisation du réseau sont donc essentiels pour mieux intégrer ces sources et assurer l’équilibre entre production et consommation.
Réduire les pics de consommation pour soulager le réseau
Le troisième axe du programme concerne la maîtrise de la demande. Les autorités visent une réduction de 300 MW de la consommation durant les périodes de pointe, tout en prévoyant une amélioration du dispositif de délestage électrique. Le gouvernement appelle également à moderniser le réseau, à généraliser les compteurs intelligents et à renforcer les mesures d’efficacité énergétique.
Lors du conseil ministériel restreint du 9 octobre, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a insisté sur la nécessité d’accélérer les projets présentés par la STEG et d’assurer leur suivi sur le terrain. La Tunisie maintient par ailleurs l’objectif de porter à 35 % la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité à l’horizon 2030.
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Reste désormais la question centrale du calendrier. Les projets thermiques doivent renforcer les moyens de production mobilisables, tandis que le solaire, l’éolien et le stockage doivent apporter davantage de diversité et de souplesse au système. Mais certaines opérations sont encore au stade des appels d’offres ou de la programmation.
Pour la STEG, les prochains mois seront donc décisifs. La réussite du programme ne se mesurera pas seulement au nombre de projets annoncés ou aux capacités affichées sur le papier, mais aux équipements effectivement opérationnels avant la montée des températures. C’est à cette échéance que se vérifiera la capacité du système électrique tunisien à aborder l’été 2027 dans de meilleures conditions.