Le volume d’eau extrait des puits agricoles profonds non autorisés a quadruplé entre 2010 et 2024, selon le directeur général des ressources en eau. Face à cette pression sur les nappes souterraines, le ministère de l’Agriculture annonce le recours à des compteurs intelligents et à un système de suivi en temps réel.
Des prélèvements multipliés par quatre en quatorze ans
Les forages agricoles profonds non autorisés continuent de peser sur les ressources hydriques tunisiennes. Selon Aïssa Halimi, directeur général des ressources en eau au ministère de l’Agriculture, leur nombre est passé de 205 en 2010 à environ 3229 en 2024. Dans le même temps, les volumes d’eau prélevés ont progressé de 205 à 827 millions de mètres cubes.
Ces chiffres ont été présentés le 12 octobre 2026, lors d’une journée d’étude organisée à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) autour de la proposition de loi n° 18/2026, consacrée à la régularisation des puits agricoles profonds non autorisés.
Cette évolution complique le contrôle des quantités extraites et leur répartition entre les exploitants. Elle alourdit également les coûts de pompage et d’énergie, tout en alimentant les tensions entre utilisateurs.
Les nappes souterraines sous pression
Les conséquences ne sont pas uniquement économiques. Le responsable a évoqué la baisse du niveau des nappes, l’assèchement d’anciens puits superficiels, la dégradation des écosystèmes oasiens et le recul de la biodiversité. Dans certaines zones côtières, l’intrusion d’eau salée menace également la qualité des ressources souterraines.
Le phénomène s’inscrit dans un contexte de sécheresse récurrente, de diminution des précipitations et d’augmentation des besoins d’irrigation, notamment avec l’extension des cultures irriguées et des cultures sous serre.
Le ministère rappelle que les eaux souterraines relèvent du domaine public. Le forage et l’exploitation d’un puits nécessitent une autorisation préalable, laquelle encadre les conditions d’utilisation sans conférer à son titulaire la propriété de l’eau.
Des compteurs intelligents pour surveiller les volumes
Pour renforcer le contrôle, le ministère prévoit de déployer des compteurs intelligents associés à un système informatique de suivi. Selon Aïda Jreidi, chargée de la direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux, ce dispositif doit permettre de suivre les volumes prélevés dans chaque puits et de détecter les dépassements des quantités autorisées.
L’objectif est de disposer de données actualisées pour repérer les infractions et intervenir plus rapidement. Le calendrier de déploiement et les modalités concrètes de mise en œuvre restent toutefois à préciser.
Cette orientation prolonge les démarches de numérisation déjà évoquées par le ministère en mars 2026, avec un projet de plateforme électronique destiné à recevoir et traiter les demandes de régularisation des puits non autorisés.
Les quelque 3229 puits mentionnés lors de la journée d’étude ne doivent pas être confondus avec l’estimation plus large d’environ 34.000 points d’eau souterraine profonds non autorisés citée dans les données du secteur de l’eau pour 2024. Ces chiffres renvoient à des périmètres statistiques différents et ne sont donc pas directement interchangeables.
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