Les crevettes occupent actuellement une place importante sur les étals des marchés tunisiens, avec des prix qui peuvent descendre à 10 dinars le kilogramme pour les petits et moyens calibres. Cette abondance, signalée par plusieurs médias, s’expliquerait notamment par la présence d’espèces marines non indigènes dans les eaux tunisiennes et par leur cycle de reproduction. Mais derrière ces prix attractifs se pose aussi la question de l’évolution de la biodiversité marine.
Dans une intervention radiophonique, Hela Jaziri, membre de l’association TunSea, a expliqué que les crevettes concernées ne proviendraient pas d’élevages commerciaux locaux, mais de captures en mer. Selon ses déclarations, il s’agirait d’espèces originaires de l’Atlantique occidental, arrivées dans les eaux tunisiennes par l’intermédiaire du transport maritime, avant de s’y acclimater et de s’y multiplier.
Des espèces venues d’ailleurs présentes dans les eaux tunisiennes
Cette explication s’inscrit dans un phénomène documenté par la recherche scientifique. Plusieurs espèces de crustacés non indigènes ont été recensées le long des côtes tunisiennes, notamment dans le golfe de Gabès. Une étude publiée en 2010 dans la revue scientifique Biological Invasions a ainsi signalé la présence de la crevette Rimapenaeus similis, originaire de l’Atlantique occidental, dans les eaux tunisiennes. D’autres travaux ont documenté la progression de la crevette américaine Penaeus aztecus en Méditerranée.
Ces recherches attestent de la présence d’espèces de crevettes introduites dans la région, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de confirmer l’identité scientifique de celles qui sont actuellement proposées en grande quantité sur les marchés. Cette distinction est importante, car plusieurs espèces peuvent se ressembler et leurs origines géographiques diffèrent.
Le cycle de reproduction et la température de la mer en question
Selon les explications rapportées par Mosaïque FM, la période allant de septembre à novembre correspondrait à un pic de reproduction de ces crevettes. Le déplacement des jeunes individus vers les eaux côtières, combiné à l’importance des captures de petits et moyens calibres, contribuerait à l’abondance observée sur les étals et à la baisse des prix.
La température de l’eau et les variations de salinité pourraient également favoriser l’installation et la multiplication de certaines espèces introduites. Ces facteurs environnementaux doivent toutefois être considérés comme des éléments explicatifs possibles, et non comme une démonstration que le réchauffement de la Méditerranée serait, à lui seul, responsable de la situation actuelle.
Le phénomène dépasse ainsi la seule question du pouvoir d’achat des consommateurs. L’installation d’espèces non indigènes peut modifier les équilibres écologiques et intensifier la concurrence avec les espèces locales. L’enjeu consiste donc à mieux identifier les espèces capturées, à suivre l’évolution de leurs populations et à mesurer leurs effets sur les ressources halieutiques tunisiennes.