Un rapport de la Banque mondiale alerte sur l’ampleur du défi à venir : face au doublement attendu des déchets municipaux, la Tunisie devra multiplier par plus de trois ses dépenses annuelles pour atteindre les standards de gestion durable.
Des dépenses appelées à exploser
Selon le rapport « Waste Management in the Middle East and North Africa » de la Banque mondiale, la Tunisie devra porter ses dépenses annuelles consacrées au secteur des déchets de 141 millions de dollars en 2022 à près de 498 millions de dollars à l’horizon 2050, soit environ 1,55 milliard de dinars.
Ce bond financier vise à permettre au pays d’atteindre les objectifs de développement durable, notamment l’indicateur SDG 11.6.1 relatif à l’impact environnemental des villes.
Un volume de déchets qui va doubler
La pression s’explique par une évolution spectaculaire des volumes. Les déchets solides municipaux générés devraient passer de 3 millions de tonnes en 2022 à 6 millions de tonnes d’ici 2050.
Chaque Tunisien produit aujourd’hui en moyenne 0,80 kg de déchets par jour. Malgré un taux de collecte de 72%, les impacts d’une gestion encore perfectible coûtent déjà 155 millions de dollars par an en dégradation environnementale.
La Tunisie est actuellement classée dans la catégorie DB3 « Extension de service ». L’objectif affiché est de rejoindre le niveau DB8, où la gestion des déchets s’appuie sur des mécanismes fiscaux incitatifs et une gouvernance plus avancée.
Le pays se distingue toutefois dans la région par un taux de compostage des déchets organiques supérieur à 5%, un niveau partagé par peu d’États comme le Qatar ou le Liban.
Le rôle clé du secteur informel
Le rapport met également en lumière le rôle central du secteur informel, fort d’environ 8000 travailleurs, connus sous le nom de « barbechas », soit près de 66 travailleurs pour 100.000 habitants.
Ces acteurs, souvent invisibles dans les politiques publiques, contribuent largement à la récupération et à la valorisation des matériaux recyclables. Leur meilleure intégration dans le système formel est présentée comme un levier essentiel pour améliorer la performance globale du secteur.
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