La relation industrielle entre la Tunisie et la Corée du Sud se concrésitse davantage. Après les premiers échanges engagés avec Hyundai Mobis, l’un des principaux équipementiers automobiles sud-coréens, une délégation de 13 entreprises coréennes spécialisées dans les composants automobiles doit se rendre en Tunisie à la mi-octobre. Mais derrière cette visite se dessine surtout une volonté de développer des liens industriels plus profonds avec un marché tunisien déjà intégré aux chaînes automobiles internationales.
L’élément le plus important des discussions engagées avec Hyundai Mobis est que Séoul ne s’intéresse pas uniquement à la Tunisie comme débouché commercial. Les échanges portent sur deux pistes : l’approvisionnement auprès de fabricants installés en Tunisie et l’étude de projets d’investissement direct. La mission des 13 entreprises coréennes doit justement permettre de confronter cette ambition aux capacités réelles du tissu industriel tunisien.
De simples fournisseurs à de possibles investisseurs
Cette évolution intervient dans un secteur déjà particulièrement dense. La Tunisie compte plus de 260 entreprises opérant dans les composants automobiles, dans des activités allant des faisceaux électriques aux composants électroniques, en passant par les pièces mécaniques, le plastique et le caoutchouc. Pour les industriels coréens, la proximité avec l’Europe constitue également un avantage stratégique, la Tunisie pouvant servir de plateforme de production destinée aux marchés européens.
Le précédent Yura Corporation montre surtout que cette stratégie peut déboucher sur des implantations importantes. Présent à Kairouan depuis 2007, le groupe sud-coréen a lancé en décembre 2025 la construction de sa cinquième unité tunisienne, pour un investissement annoncé de 50 millions de dinars. La Tunisia Investment Authority indique que cette extension doit générer plus de 1.840 emplois supplémentaires.
L’enjeu de la nouvelle offensive coréenne dépasse donc le nombre de sociétés susceptibles de venir en Tunisie. Pour Tunis, l’objectif est de transformer une industrie historiquement forte dans les faisceaux et composants en une plateforme capable d’attirer davantage d’activités technologiques et de nouveaux segments de la chaîne automobile.
La Tunisie cherche désormais à monter dans la chaîne de valeur
Le profil de Hyundai Mobis illustre cette évolution. Le groupe travaille notamment sur les composants destinés aux véhicules électriques, les systèmes électroniques, les technologies de sécurité et les solutions liées aux systèmes avancés d’aide à la conduite. Une implantation ou des contrats d’approvisionnement avec des acteurs de cette catégorie pourraient donc apporter à l’écosystème tunisien davantage de contenu technologique et favoriser le transfert de compétences.
La perspective est d’autant plus intéressante que l’industrie automobile mondiale se transforme rapidement sous l’effet de l’électrification et du développement des véhicules définis par logiciel. Hyundai Mobis développe lui-même des technologies liées aux véhicules électriques, aux systèmes électroniques et à la conduite avancée, tandis que son modèle de coopération avec les fournisseurs inclut notamment le développement technologique, les tests, la certification et l’accompagnement des PME de sa chaîne d’approvisionnement.
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Pour la Tunisie, le véritable indicateur ne sera donc pas la tenue de la mission d’octobre, mais ce qui en sortira : nouveaux contrats de fourniture, référencement de fabricants tunisiens auprès de groupes coréens, partenariats technologiques ou, surtout, décisions d’investissement. À ce stade, aucune nouvelle implantation coréenne n’est officiellement annoncée. La mission constitue néanmoins un signal supplémentaire : après Yura, la Tunisie cherche désormais à attirer un écosystème coréen plus large dans l’industrie automobile.