Le président de la République Kaïs Saïed a passé en revue, au palais de Carthage, plusieurs dossiers explosifs du secteur agricole. Distribution de l’ammonitrate, stockage de l’huile d’olive et politique de l’eau : le chef de l’État a dénoncé des pratiques qu’il assimile à des crimes contre l’économie nationale et a ordonné une reprise en main de l’État.
Ammonitrate : « Des pratiques qui relèvent du crime »
Le président de la République Kaïs Saïed a reçu au palais de Carthage le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, pour un entretien consacré à plusieurs dossiers jugés prioritaires. La rencontre a notamment porté sur la distribution de l’ammonitrate dans plusieurs gouvernorats, en particulier à Bizerte, Jendouba et Siliana, alors qu’une légère amélioration a été constatée dans d’autres régions.
Le chef de l’État a estimé que certaines pratiques observées dans les circuits de distribution dépassent le simple dysfonctionnement et s’apparentent à de véritables crimes économiques. Des réseaux, a-t-il dénoncé, privent délibérément les petits agriculteurs de cette matière essentielle à travers l’accaparement et la manipulation des quotas, selon la page Facebook de la Présidence de la République.
Huile d’olive et dattes : l’État sommé de jouer pleinement son rôle
La réunion a également permis d’aborder la campagne oléicole. Kaïs Saïed a souligné que les capacités de stockage de l’Office national de l’huile restent limitées et ne correspondent pas au potentiel réel de production du pays. Il a appelé à intensifier les efforts pour permettre à cette institution d’assumer pleinement son rôle stratégique.
Le président de la République a donné ses instructions pour poursuivre la mise sur le marché intérieur de quantités d’huile d’olive ainsi qu’une partie de la récolte de dattes, notamment à travers les coopératives, afin que le citoyen et l’agriculteur puissent en bénéficier. Parallèlement, il a insisté sur la nécessité de continuer à rechercher de nouveaux débouchés à l’exportation.
Des barrages laissés à l’abandon
Kaïs Saïed est, par ailleurs, revenu sur la politique de l’eau menée en Tunisie depuis plusieurs décennies. Il a insisté sur l’urgence d’engager, de manière régulière, des opérations de maintenance et de curage des barrages et des oueds.
Selon lui, de nombreux ouvrages hydrauliques ont été négligés au point que certains ont pratiquement disparu, à l’image du barrage d’El Akhmas à Siliana, dont la capacité variait autrefois entre 5 et 7 millions de mètres cubes. Il a également évoqué des oueds qui n’ont pas été curés depuis des dizaines d’années ainsi que des lacs collinaires envahis par les alluvions depuis les années soixante-dix.
A travers son entretien avec le ministre de l’Agriculture, le président de la République a réaffirmé la nécessité pour l’État de reprendre pleinement la main sur ces secteurs stratégiques, de démanteler les réseaux de spéculation et de mettre fin aux pratiques qui menacent la sécurité alimentaire et hydrique du pays.
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