Avec plus de 320 entreprises implantées et 93 000 emplois, l’Allemagne est déjà un acteur industriel majeur en Tunisie. Des chiffres rappelés par le ministre des Affaires étrangères Mohamed Ali Nafti lors d’une rencontre économique organisée à Berlin, à l’occasion du 70ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.
Les indicateurs du partenariat tuniso-allemand, présentés lors de cette rencontre, témoignent d’un ancrage solide.
320 entreprises allemandes implantées en Tunisie, générant près de 93 000 emplois, notamment dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’automobile, l’électronique, le textile technique et les services technologiques.
Les échanges commerciaux ont atteint un niveau record en 2025, dépassant 5,3 milliards d’euros, avec un excédent de 1,1 milliard d’euros en faveur de la Tunisie. Les exportations tunisiennes vers l’Allemagne ont franchi les 3,2 milliards d’euros, en hausse de 13 % sur un an.
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Une base industrielle déjà intégrée
Loin d’un simple discours diplomatique, ces données confirment une intégration industrielle avancée. La présence allemande en Tunisie ne relève plus d’une logique opportuniste, mais d’un ancrage durable dans des segments productifs stratégiques.
Les entreprises allemandes opérant dans le pays sont majoritairement positionnées sur des activités industrielles intermédiaires, au cœur des chaînes de production européennes. Cette spécialisation permet à la Tunisie de s’insérer dans des circuits industriels complexes, notamment dans l’automobile et les composants électroniques, où la précision, la qualité et la réactivité sont essentielles.
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Une recomposition des chaînes de valeur en cours
Ce positionnement prend une dimension particulière dans le contexte actuel. Depuis plusieurs années, les entreprises européennes cherchent à réduire leur dépendance à des chaînes d’approvisionnement lointaines, notamment en Asie.
Entre tensions géopolitiques, perturbations logistiques et impératifs de souveraineté industrielle, une tendance de fond se confirme : le rapprochement des sites de production vers des zones proches du marché européen.
Dans cette logique de relocalisation industrielle à proximité de l’Europe (nearshoring), la Tunisie apparaît comme une alternative crédible. Sa proximité géographique, son intégration commerciale avec l’Union européenne et la disponibilité de compétences techniques en font une plateforme attractive pour sécuriser certaines étapes de production.
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La Tunisie, interface entre l’Europe et l’Afrique
Au-delà de sa relation avec l’Europe, la Tunisie capitalise sur son appartenance à des espaces économiques comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le COMESA pour se projeter comme plateforme vers les marchés africains.
C’est cette double dimension — proximité européenne et ouverture africaine — qui semble aujourd’hui susciter un intérêt renouvelé des acteurs économiques allemands.
Une visite d’une délégation économique allemande en Tunisie est envisagée au second semestre 2026, signe d’une dynamique appelée à se consolider.
Entre continuité industrielle et repositionnement stratégique, la relation tuniso-allemande évolue ainsi vers un modèle plus structuré. Reste à savoir si cette dynamique pourra s’inscrire dans la durée, dans un contexte de concurrence accrue entre les plateformes industrielles du Maghreb et du sud de l’Europe, elles aussi en quête d’investissements allemands.
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