La démolition du siège de l’UNRWA à Al-Qods Est par l’entité sioniste dépasse largement le cadre d’un épisode supplémentaire du conflit israélo-palestinien. Elle soulève une question plus fondamentale : celle de la capacité du système international à faire respecter ses propres règles lorsqu’elles sont ouvertement défiées par un acteur membre des Nations unies.
La condamnation exprimée par onze pays — dont le Royaume-Uni, la France, le Canada et le Japon — traduit un malaise diplomatique croissant. En qualifiant cette destruction d’« acte sans précédent », ces États reconnaissent qu’un seuil institutionnel a été franchi. Mais au-delà de la fermeté des mots, l’événement met surtout en lumière les limites actuelles du multilatéralisme.
Une atteinte directe aux fondements de l’ONU
Le siège de l’UNRWA à Al-Qods Est ne relevait pas d’une simple infrastructure administrative. Il bénéficiait du régime de protection accordé aux institutions onusiennes, fondé sur le principe d’inviolabilité des locaux et des biens des Nations unies. Ce principe constitue l’un des piliers du système international depuis l’après-guerre.
En procédant à la démolition de ces installations, l’entité sioniste ne s’est pas uniquement attaquée à une agence humanitaire. Elle a remis en cause le cadre juridique qui permet aux Nations unies d’opérer dans des contextes de conflit et d’occupation. Cette distinction est centrale : l’acte ne relève pas seulement d’un rapport de force politique, mais d’un précédent institutionnel susceptible d’ébranler l’ensemble du dispositif multilatéral.
C’est précisément cette dimension qui explique la tonalité inhabituelle adoptée par plusieurs capitales occidentales, traditionnellement prudentes sur ce dossier.
Condamnations diplomatiques et déficit de contrainte
La déclaration commune des onze ministres des Affaires étrangères marque une inflexion politique, mais elle demeure confinée au registre symbolique. Aucune mesure contraignante n’a accompagné cette condamnation. Ce décalage entre la gravité des déclarations et l’absence d’actions concrètes illustre l’une des fragilités structurelles du système international : son incapacité à imposer le respect du droit en l’absence de volonté politique partagée.
Cette impuissance apparaît d’autant plus flagrante que la Cour internationale de justice a rappelé, en octobre 2025, l’obligation pour l’entité sioniste de faciliter le travail de l’UNRWA et de lever les restrictions entravant son action. La poursuite des démolitions, en dépit de cet avis juridique, accentue le fossé entre le droit international et son application effective.
UNRWA, pilier humanitaire et symbole politique
Si l’UNRWA se retrouve au cœur de cette confrontation, c’est parce qu’elle incarne à la fois un rôle humanitaire irremplaçable et une réalité politique persistante : celle des réfugiés palestiniens. À Gaza, en Cisjordanie et à Al-Qods Est, l’agence demeure l’acteur le mieux structuré pour fournir soins, éducation et aide humanitaire à grande échelle.
La fragiliser revient à affaiblir l’un des derniers leviers opérationnels de la communauté internationale sur le terrain. Plus largement, cette séquence pose une interrogation centrale : que reste-t-il de l’ordre international lorsque ses institutions ne sont plus en mesure de garantir leur propre protection ?
La démolition du siège de l’UNRWA à Al-Qods Est apparaît ainsi comme un test grandeur nature. Un test de crédibilité pour les Nations unies, mais aussi pour un système international dont la solidité semble désormais de plus en plus conditionnée aux rapports de force plutôt qu’au respect du droit.
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