Pour la première fois depuis le début de la guerre en février 2022, des représentants de la Russie, de l’Ukraine et des États-Unis se sont retrouvés autour d’une même table pour évoquer un possible cadre de sortie de conflit.
Cette rencontre trilatérale inédite, organisée à Abu Dhabi, marque une rupture de format dans un conflit longtemps enfermé dans les canaux indirects. Mais cette première diplomatique intervient alors que l’Ukraine, et en particulier ses civils, restent sous le feu des frappes russes.
Dans la nuit précédant les discussions, des attaques aériennes ont visé Kyiv et Kharkiv, faisant au moins un mort et près d’une vingtaine de blessés selon les autorités ukrainiennes. Des quartiers résidentiels ont été touchés, confirmant que les centres urbains demeurent des cibles malgré l’ouverture d’un dialogue diplomatique inédit. Ce télescopage entre négociation et violence souligne une réalité devenue centrale dans le conflit : la diplomatie s’ouvre sans que la guerre ne s’interrompe.
Un format inédit, sans arrêt des combats
Jusqu’ici, les tentatives de dialogue se limitaient à des discussions séparées entre Washington et Kyiv ou entre Washington et Moscou, ou à des cadres multilatéraux élargis sans contact direct structuré entre Russes et Ukrainiens. La réunion d’Abu Dhabi constitue donc une première formelle : Russie, Ukraine et États-Unis réunis autour d’une même proposition politique, portée par l’administration américaine.
Côté ukrainien, le chef négociateur Rustem Umerov a indiqué que les échanges portaient sur « les paramètres de la fin de la guerre » et sur la logique du processus de négociation à venir. Aucun engagement concret n’a toutefois été annoncé. Ni cessez-le-feu, ni mécanisme de désescalade immédiate, ni calendrier précis n’ont émergé de cette séquence, confirmant son caractère exploratoire.
L’Ukraine sous pression militaire, la diplomatie en parallèle
Le contraste entre cette première diplomatique et la poursuite des frappes n’est pas accidentel. En acceptant de négocier sans suspendre les combats, les parties entérinent une logique désormais assumée : la guerre n’est plus seulement l’échec de la diplomatie, elle en devient une variable. Pour la Russie, maintenir la pression militaire pendant les discussions permet de rappeler que le rapport de force reste déterminant. Pour l’Ukraine, participer à ce format inédit revient à ne pas laisser le terrain diplomatique se refermer, malgré une population toujours exposée aux bombardements.
Les États-Unis, en facilitant cette rencontre, semblent privilégier une approche procédurale. L’objectif apparaît moins comme la conclusion rapide d’un accord que comme la mise en place d’un canal structuré, destiné à encadrer le conflit et à préparer une éventuelle phase ultérieure. Dans ce cadre, la question territoriale demeure centrale : tant que l’avenir des régions occupées reste indéterminé, la guerre conserve une utilité stratégique.
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