Depuis des années, les mêmes pays qui s’offusquent aujourd’hui ont regardé, livré, tu. Leur scandale du jour ne rachète rien.
La Knesset a voté. 62 voix contre 48. La peine de mort est désormais légale pour les Palestiniens en Israël. Et dans les heures suivantes, les capitales européennes ont sorti leurs communiqués. Préoccupation. Inquiétude. Appel au dialogue.
On connaît la musique.
Ce qui est nouveau, ce n’est pas le crime. C’est le papier.
La mort sans tampon, ça ne choquait pas
Les Palestiniens mouraient avant ce vote. Ils mouraient en nombre, sous les bombes, dans des hôpitaux détruits, dans des files d’attente pour de l’aide alimentaire qui n’arrivait pas. Au moins 70 000 tués en deux ans. Sans procès. Sans délibéré. Sans qu’aucune capitale européenne ne convoque son ambassadeur israélien en urgence.
Les tribunaux militaires qui jugent les Palestiniens affichent un taux de condamnation supérieur à 99 %. Ce chiffre existait hier, avant-hier, il y a dix ans. Personne n’en a fait un titre. Personne n’a exigé de sanctions.
Ce qui choque aujourd’hui, c’est la formalité. Le vote. L’article de loi. Comme si la mort administrative était plus scandaleuse que la mort réelle.
Ben-Gvir portait un nœud coulant à la boutonnière. Personne n’a bougé.
Ben-Gvir arborait un badge en forme de nœud coulant à la Knesset lors du vote. Une épinglette. En direct. Assumée. Il a fêté le résultat avec une bouteille.
Ce n’est pas une image symbolique qu’on vous décrit. C’est ce qui s’est passé, en public, devant les caméras du monde entier.
Et le monde a géré.
Il gère depuis des décennies. Il a géré les expulsions, les colonies, les blocus, les assassinats ciblés, les destructions d’infrastructures civiles. Il a géré avec des accords commerciaux, des livraisons d’armes, des vetos au Conseil de sécurité et des visites d’État impeccablement protocolaires.
L’indignation sélective est une forme de complicité
La France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni ont appelé à l’abandon du texte, le jugeant discriminatoire. Discriminatoire. Le mot est lâché.
Mais où était ce diagnostic quand un extrémiste juif qui assassinerait un Palestinien n’aurait pas été concerné par cette loi — ni par aucune autre, dans les faits ? Où était l’indignation face à une justice structurellement à deux vitesses, documentée, certifiée, archivée par des dizaines d’organismes internationaux depuis 1967 ?
Elle n’existait pas. Ou plutôt si — elle existait, rangée dans un tiroir, sortie uniquement quand le coût politique devenait trop visible.
Les condamnations verbales sont sans effet. Il faut des sanctions. Ce n’est pas une position radicale. C’est du bon sens. Mais le bon sens dérange quand on a des intérêts à protéger.
Ce vote ne change pas la condition palestinienne. Il change votre confort.
Le ministère palestinien des Affaires étrangères dénonce une tentative de donner une apparence légale à des exécutions extrajudiciaires. En clair : on habille en loi ce qui se pratiquait à l’air libre. Ce qui était honteux devient légal. Ce qui était tu devient assumé.
Pour les Palestiniens, le résultat est le même depuis longtemps.
Pour les chancelleries européennes, ce vote est un problème de communication. Il rend visible ce qu’elles préféraient flou. Il nomme ce qu’elles préféraient taire.
Leur scandale d’aujourd’hui ne rachète pas leurs années de silence. Il les documente.
Les Palestiniens étaient condamnés à mort bien avant lundi soir. C’est vous qui avez signé le verdict.
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