Saddam Haftar, fils de Khalifa Haftar et numéro deux des forces de l’Est libyen, poursuit une offensive diplomatique qui dépasse désormais Washington. Après sa rencontre avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio en juin, le dirigeant libyen aurait rencontré Benjamin Netanyahu à Abou Dhabi et chercherait désormais à obtenir un rendez-vous avec le vice-président américain JD Vance, selon le quotidien italien Il Foglio.
Ces nouveaux éléments prolongent une évolution déjà relevée par Webdo en août : le camp Haftar cherche à transformer son poids militaire en Libye et au Sahel en influence politique auprès de l’administration américaine.
Une rencontre avec Netanyahu à Abou Dhabi ?
Le quotidien italien relève l’arrivée à l’aéroport d’Al Bateen d’un Airbus A319 immatriculé P4-KH5I9, régulièrement utilisé par Saddam Haftar. L’appareil, en provenance de Benghazi, aurait atterri une vingtaine de minutes après celui du Premier ministre israélien.
Mohamed Buisier, ancien conseiller politique de Khalifa Haftar, affirme que Saddam Haftar a rencontré Netanyahu afin de rechercher un soutien à ses ambitions politiques en Libye. À ce stade, ni les autorités israéliennes ni le camp Haftar n’ont confirmé publiquement la tenue de cette rencontre.
Il ne s’agirait toutefois pas du premier contact rapporté entre la famille Haftar et Israël. En novembre 2021, Haaretz avait révélé le passage de Saddam Haftar à l’aéroport Ben Gourion. La même année, Israel Hayom avait rapporté qu’un fils de Khalifa Haftar avait signé un contrat avec une société israélienne de conseil politique pour la campagne électorale libyenne.
Deux millions de dollars pour ouvrir les portes de Washington
Le volet américain est beaucoup mieux documenté.
Un enregistrement officiel effectué auprès du ministère américain de la Justice en mars 2026 montre que Ballard Partners représente le Commandement général des forces armées libyennes. Le document cite nommément Khalifa Haftar et Saddam Haftar parmi les responsables avec lesquels le cabinet travaille.
Le contrat prévoit des services de conseil stratégique, de relations gouvernementales et de représentation auprès du gouvernement fédéral américain. Son montant : 2 millions de dollars, payables en une seule fois.
Quelques mois plus tard, le 29 juin, Saddam Haftar était reçu officiellement à Washington par Marco Rubio. Le programme du département d’État confirme la rencontre, consacrée notamment à l’unification des institutions militaires libyennes.
Il Foglio affirme désormais qu’une rencontre avec JD Vance est en préparation. Cette information n’a pas encore été confirmée par la Maison-Blanche ou la vice-présidence américaine.
De Washington à l’entourage de Trump
Le journal italien rapporte également que Saddam Haftar tenterait d’établir un canal avec Kimberly Guilfoyle, ambassadrice américaine en Grèce et ancienne compagne de Donald Trump Jr.
Cette démarche serait liée notamment aux rivalités autour de Waha Oil, l’une des principales sociétés pétrolières libyennes. Il Foglio évoque une lutte d’influence entre des responsables proches des Haftar et l’entourage du Premier ministre de Tripoli Abdelhamid Dbeibah. Ces éléments restent toutefois fondés sur les informations du quotidien italien et doivent être distingués des contacts officiellement établis à Washington.
La séquence dessine en tout cas une continuité : après avoir obtenu un accès direct au département d’État, Saddam Haftar cherche désormais, selon plusieurs sources, à multiplier les relais politiques aux États-Unis et au Moyen-Orient alors que la question de la succession politique en Libye reste ouverte.