À entendre Donald Trump, l’Iran aurait déjà perdu l’essentiel de sa capacité de frappe. Jeudi 27 mars, le président américain affirmait que Téhéran disposait désormais de « très peu de missiles ». Mais les évaluations issues du renseignement américain, rendues publiques au même moment, dressent un tableau bien plus nuancé.
Près d’un mois après le lancement de l’offensive américano-israélienne, entamée le 28 février, l’ampleur des frappes est indéniable. Plus de 10 000 cibles militaires ont été visées, tandis que 66 % des capacités industrielles liées aux missiles et aux drones auraient été endommagées ou détruites. La marine iranienne a également été fortement touchée, avec 92 % de ses principaux navires neutralisés.
Pourtant, ces résultats ne traduisent pas une neutralisation complète de l’arsenal iranien. Selon une enquête de Reuters publiée le 27 mars, Washington ne peut confirmer avec certitude que la destruction d’environ un tiers des missiles iraniens.
Le sort d’un autre tiers reste incertain : ces missiles auraient été endommagés, détruits partiellement ou enfouis dans des réseaux souterrains difficiles à atteindre. Quant au reste, il demeure potentiellement opérationnel, ce qui signifie que l’Iran conserve une capacité de frappe significative.
Des frappes massives, un arsenal encore actif
Sur le terrain, cette réalité se vérifie.
Dans le même temps, le conflit montre des signes d’élargissement. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont revendiqué leur première attaque contre Israël depuis le début de la guerre, évoquant le tir d’un missile balistique intercepté par les défenses israéliennes, confirmant l’entrée progressive d’acteurs régionaux dans la confrontation.
Le 27 mars encore, l’Iran a lancé 15 missiles balistiques et 11 drones en direction des Émirats arabes unis, démontrant que son arsenal reste actif malgré les bombardements.
Avant le conflit, les estimations israéliennes faisaient état d’environ 2 500 missiles balistiques capables d’atteindre Israël. Si près de 70 % des lanceurs auraient été neutralisés depuis le début des frappes, cela ne signifie pas que les stocks eux-mêmes ont disparu.
L’un des principaux obstacles pour les forces américaines réside dans la structure même de cet arsenal. Depuis des années, l’Iran a développé un vaste réseau de tunnels et de bases souterraines, permettant de dissimuler missiles et équipements. Cette stratégie rend toute évaluation précise particulièrement difficile, certains responsables américains reconnaissant eux-mêmes qu’il sera sans doute impossible de connaître avec exactitude les capacités restantes.
Une guerre qui bascule dans la durée
Ce décalage entre les déclarations politiques et les données issues du renseignement révèle une évolution du conflit. L’objectif initial — affaiblir rapidement l’Iran — laisse place à une réalité plus complexe.
Certains responsables américains avancent désormais que Téhéran pourrait conserver volontairement une partie de son arsenal, en attendant le moment opportun pour l’utiliser.
Dans ce contexte, la guerre ne se joue plus seulement sur l’intensité des frappes, mais sur la capacité de chaque camp à durer. Malgré les pertes subies, l’Iran conserve suffisamment de moyens pour poursuivre les hostilités et maintenir une pression régionale.
Dans ce climat déjà tendu, Abbas Araghchi a averti qu’un « lourd prix » serait payé après les frappes israéliennes visant des installations civiles, notamment des sites nucléaires et des complexes sidérurgiques.
Les autorités iraniennes accusent également Washington et Tel-Aviv de « jouer avec le feu » en ciblant les infrastructures énergétiques du pays, faisant craindre une extension du conflit à des zones encore plus sensibles.
Téhéran a toutefois assuré qu’aucune fuite radioactive n’avait été détectée après les frappes contre les installations d’Ardakan et de Khondab.
Derrière les annonces de succès, une conclusion s’impose : l’Iran n’est pas neutralisé. Et le conflit, loin de s’achever, pourrait s’inscrire dans le temps long.
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