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Gaza : Le piège des soldats musulmans

par Ramzi Haddad
lundi 24 août 2026 10:47
dans International
f X WA in

Ils devaient être plusieurs milliers. Jusqu’à 8000 Indonésiens, auxquels devaient s’ajouter des Marocains, des Kazakhs, des Kosovars ou encore des Albanais. Sur le papier, leur mission est rassurante : stabiliser Gaza, protéger les civils, sécuriser l’aide humanitaire et accompagner le retrait israélien. Mais derrière ces objectifs se cache une question beaucoup plus embarrassante : que feront réellement ces soldats musulmans lorsqu’ils seront sur le terrain ?

L’annonce d’un contingent marocain pouvant atteindre 500 hommes remet aujourd’hui cette question au premier plan. Car si l’envoi de soldats arabes et musulmans à Gaza peut spontanément être perçu comme un engagement en faveur des Palestiniens, le mandat de la Force internationale de stabilisation (ISF) est beaucoup plus complexe.

Cette force n’a pas seulement vocation à s’interposer entre Israéliens et Palestiniens. Elle doit participer à l’établissement d’un nouvel ordre sécuritaire dans la bande de Gaza.

Et c’est précisément là que commence le problème.

8000 Indonésiens qui ne sont jamais partis

Le cas de l’Indonésie est révélateur. Jakarta avait envisagé de fournir entre 5000 et 8000 militaires. Une contribution considérable puisque l’ISF doit théoriquement compter environ 20 000 hommes. Le plus grand pays musulman du monde aurait ainsi pu constituer à lui seul près de 40% de cette force.

Puis tout s’est arrêté.

L’escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l’Iran a officiellement conduit Jakarta à suspendre son déploiement. Mais cette décision est intervenue alors qu’une question devenait déjà politiquement sensible en Indonésie : dans quel camp ces militaires se retrouveraient-ils réellement ?

Car l’ISF n’est pas une classique mission de Casques bleus. Elle doit protéger les civils et faciliter l’aide humanitaire, certes. Elle doit aussi accompagner le retrait progressif de l’armée israélienne et permettre à une nouvelle police palestinienne de prendre progressivement le contrôle du territoire. Mais elle doit également contribuer à la démilitarisation de Gaza.

Protéger les Palestiniens… et en désarmer d’autres

C’est tout le paradoxe.

Un soldat indonésien ou marocain pourrait demain sécuriser un convoi humanitaire destiné à des familles palestiniennes. Quelques heures plus tard, il pourrait être appelé à sécuriser des armes récupérées ou à empêcher la reconstitution d’une infrastructure militaire appartenant à une faction palestinienne.

La même force serait donc chargée de protéger les Palestiniens et de participer au désarmement de groupes palestiniens.

La différence est fondamentale. Et elle pourrait devenir explosive dans les opinions publiques musulmanes si les premières images montrant des militaires marocains, indonésiens ou kazakhs confrontés à des Palestiniens venaient à circuler.

D’autant que cette force internationale ne serait pas indépendante des puissances directement impliquées dans le conflit.

Sous commandement américain

L’ISF doit fonctionner sous commandement unifié américain et coordonner ses opérations notamment avec Israël et l’Égypte.

Pour les pays musulmans participants, l’équation devient alors extrêmement délicate.

Ils peuvent considérer qu’ils viennent remplacer progressivement l’armée israélienne, protéger la population et permettre aux Palestiniens de retrouver une administration et une police propres.

C’est probablement la justification politique la plus forte de leur présence.

Mais une autre lecture est possible : celle de soldats musulmans participant à l’application sur le terrain d’un ordre sécuritaire conçu sous leadership américain et dont l’un des objectifs majeurs demeure le désarmement du Hamas et des autres groupes armés.

Entre ces deux lectures existe une frontière extrêmement mince.

Pourquoi le Maroc accepte-t-il ce risque ?

L’annonce concernant les quelque 500 Marocains devient dès lors beaucoup plus intéressante qu’un simple chiffre.

Rabat sait nécessairement combien l’image d’un soldat marocain à Gaza sera politiquement sensible.

La monarchie entretient des relations avec Israël depuis la normalisation de 2020 tout en continuant d’afficher son soutien à la cause palestinienne. Le roi Mohammed VI préside par ailleurs le Comité Al-Qods.

Envoyer des militaires à Gaza permettrait donc au Maroc de montrer qu’il participe directement à la stabilisation et à la reconstruction du territoire palestinien.

Mais cette présence comporte un risque considérable : que ces militaires soient perçus non plus comme des protecteurs, mais comme les exécutants arabes d’un dispositif imposé de l’extérieur.

L’Indonésie semble avoir compris la difficulté. Ses milliers de soldats préparés pour Gaza sont toujours restés chez eux.

Le Maroc paraît aujourd’hui disposé à avancer avec un contingent beaucoup plus limité.

Reste une question essentielle, à laquelle ni les chiffres ni les déclarations diplomatiques ne répondent encore vraiment :

lorsqu’un soldat musulman entrera à Gaza sous l’uniforme de l’ISF, sera-t-il là pour protéger les Palestiniens — ou pour leur imposer le nouvel ordre de l’après-guerre ?

Lire aussi:

  • Gaza : Scepticisme face à la force internationale approuvée par l’ONU
  • Un plan arabe ambitieux pour Gaza face à la vision controversée de Trump
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Tags: GazaIndonésieISFmaroc

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