Sidi Bou Saïd n’est pas seulement une carte postale. Ce village accroché à la falaise, joyau du patrimoine tunisien et méditerranéen, est aujourd’hui un symbole de fragilité. Fragilité d’un sol saturé par des pluies de plus en plus intenses, fragilité d’un site exposé à l’érosion marine, mais surtout fragilité d’une gestion longtemps marquée par le bricolage et l’urgence permanente.
Les glissements de terrain signalés ces derniers jours ne sont pas des incidents isolés. Ils constituent un avertissement sérieux. La colline de Sidi Bou Saïd glisse, lentement mais sûrement, et avec elle la menace de drames humains que personne ne pourra qualifier, le moment venu, d’imprévisibles. Les évacuations préventives décidées par les autorités montrent que le danger est réel. Mais elles posent une question fondamentale : évacuer pour combien de temps, et surtout pour faire quoi ensuite ?
Ailleurs dans le monde, des villages confrontés aux mêmes risques ont fait des choix clairs. À Positano, en Italie, à Santorin en Grèce ou encore dans certaines communes de la côte basque en France, la stabilisation des falaises n’a pas été pensée comme une réponse ponctuelle, mais comme une politique publique de long terme. Drainage profond des sols, surveillance géotechnique permanente, limitation stricte des constructions, révision des réseaux d’eaux usées et pluviales, contrôle rigoureux des flux touristiques : ces territoires ont compris qu’un site patrimonial ne se protège pas par des rustines.
Le constat est plus inquiétant
À Sidi Bou Saïd, le constat est plus inquiétant. L’urbanisation anarchique, le vieillissement des réseaux, l’absence d’un système d’alerte précoce réellement opérationnel et la multiplication d’interventions techniques sans vision globale ont transformé la colline en zone à risque chronique. Le changement climatique ne fait qu’accélérer une dégradation déjà bien engagée.
L’urgence n’est pas seulement géologique, elle est humaine. Derrière chaque maison menacée, il y a des familles, des personnes âgées, des enfants. Derrière chaque évacuation, il y a l’angoisse de perdre son foyer, parfois sans solution claire de relogement. Attendre l’effondrement majeur pour agir reviendrait à accepter l’idée qu’un drame est un passage obligé pour déclencher des décisions structurelles.
Sauver Sidi Bou Saïd exige aujourd’hui un sursaut. Un plan national de sauvegarde du site, mobilisant experts tunisiens et internationaux, doit être engagé sans délai. La question ne relève pas uniquement de la municipalité ou de la protection civile, mais de l’État dans son ensemble. Protéger Sidi Bou Saïd, c’est protéger un patrimoine, une mémoire collective, mais aussi des vies.
Il est encore temps d’agir. Mais le temps, justement, est compté. Chaque pluie intense rapproche un peu plus le village du point de non-retour. Demain, il ne s’agira plus d’éditoriaux ni d’alertes, mais de bilans humains. Et là, il sera trop tard pour dire que l’on ne savait pas.
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