Une équipe de chercheurs espagnols affirme avoir franchi un cap décisif dans la lutte contre l’un des cancers les plus redoutés : le cancer du pancréas. Dans une étude publiée récemment dans la revue scientifique PNAS, les scientifiques annoncent avoir réussi à faire disparaître totalement des tumeurs pancréatiques chez des souris grâce à une thérapie combinant trois médicaments. Une avancée majeure sur le plan scientifique, mais qui reste, pour l’instant, confinée aux laboratoires.
Une thérapie combinée testée sur des modèles animaux
Menée par le Centre national espagnol de recherche sur le cancer (CNIO), l’étude repose sur une approche dite de « thérapie triple ». Contrairement aux traitements classiques, qui ciblent une seule voie biologique, cette stratégie attaque simultanément plusieurs mécanismes essentiels à la survie des cellules cancéreuses.
Le cancer du pancréas est connu pour sa capacité à contourner rapidement les traitements, en s’adaptant et en développant des résistances. Plus de 90 % des tumeurs pancréatiques présentent des mutations favorisant cette résistance thérapeutique, rendant les approches ciblées classiques largement inefficaces.
En frappant sur plusieurs fronts à la fois, les chercheurs ont réussi, chez l’animal, à empêcher cette adaptation. Résultat : une régression complète des tumeurs observées, sans rechute durant toute la période de suivi expérimental, et avec des effets secondaires jugés limités.
Un cancer à la mortalité élevée et au diagnostic tardif
Chaque annonce liée au cancer du pancréas suscite une attention particulière, et pour cause. Cette pathologie reste l’une des plus létales : le taux de survie à cinq ans est inférieur à 10 %, contre plus de 60 % pour l’ensemble des cancers confondus.
À l’échelle mondiale, plus de 500 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, avec une mortalité presque équivalente. Le cancer du pancréas figure ainsi parmi les rares cancers dont l’incidence et la mortalité évoluent presque en parallèle.
Cette gravité s’explique en grande partie par un diagnostic tardif : près de 80 % des patients sont pris en charge à un stade avancé ou métastatique, limitant fortement les options thérapeutiques curatives.
Des résultats précliniques avant toute application humaine
Malgré l’ampleur des résultats observés, les chercheurs appellent à la prudence. Les données publiées concernent exclusivement des modèles animaux. Or, moins de 5 % des traitements anticancéreux efficaces chez la souris parviennent à une validation clinique complète chez l’humain.
Avant toute application médicale, la thérapie devra franchir plusieurs étapes : études de toxicité, essais cliniques de phases I, II et III, puis validations réglementaires. Un processus long, souvent compris entre cinq et dix ans, avec un taux d’échec élevé.
Une avancée scientifique, pas encore un traitement
La découverte espagnole ne constitue donc ni un traitement disponible ni une solution immédiate pour les patients. Elle représente toutefois une avancée scientifique significative, en suggérant qu’une approche combinée pourrait, à terme, contourner les mécanismes de résistance propres au cancer du pancréas.
Elle illustre également le rôle central de la recherche publique européenne dans la production de connaissances médicales de pointe. Pour les patients, l’espoir est réel — mais il reste, pour l’instant, strictement scientifique.
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