Une photo largement relayée sur les réseaux sociaux montre un homme noir circulant dans les rues de Sfax avec une carte d’identité tunisienne collée sur sa poitrine. Sous le document, une inscription simple : « Je suis Tunisien ».
La scène, devenue virale, a relancé le débat sur les tensions raciales et les amalgames visant les personnes noires en Tunisie, dans un contexte marqué par une crise migratoire aiguë.
Tensions raciales et les amalgames
Selon plusieurs internautes ayant partagé l’image, l’homme aurait choisi cette méthode après avoir été régulièrement interpellé ou harcelé en raison de sa couleur de peau, certains le confondant avec un migrant subsaharien en situation irrégulière. Si les circonstances exactes de la photo n’ont pas été officiellement établies, sa diffusion a suscité de nombreuses réactions indignées sur les réseaux sociaux tunisiens.
Depuis plusieurs mois, la Tunisie connaît une montée des tensions autour de la question migratoire, particulièrement dans la région de Sfax devenue un point de départ majeur pour les traversées clandestines vers l’Europe. Des affrontements, des opérations sécuritaires et plusieurs témoignages d’agressions visant des migrants subsahariens ont été signalés dans différentes régions du pays. Dans ce climat tendu, des Tunisiens noirs affirment également subir des comportements discriminatoires ou des contrôles abusifs en raison de leur apparence physique.
Distinguer la question migratoire des actes racistes
Face à cette situation, une partie de la société civile tunisienne appelle régulièrement à distinguer la question migratoire des actes racistes et des discriminations visant les citoyens tunisiens noirs ou les étrangers en situation régulière. Plusieurs organisations ont dénoncé des discours de haine et mis en garde contre les amalgames alimentés par les tensions sociales et économiques.
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Parallèlement, les autorités tunisiennes défendent une approche axée sur la lutte contre les réseaux de migration clandestine tout en soutenant les programmes de retour volontaire des migrants subsahariens vers leurs pays d’origine. Selon les chiffres récemment avancés par les autorités, plusieurs milliers de migrants auraient bénéficié d’un retour volontaire au cours des derniers mois, notamment depuis les camps informels de la région d’El Amra et de Jebeniana. Tunis insiste également sur le fait que la Tunisie ne peut devenir un pays d’installation définitive pour les migrants irréguliers.
La photo de cet homme arborant sa carte d’identité comme un bouclier symbolique illustre toutefois le malaise grandissant autour des questions identitaires et raciales dans le pays. Un geste qui, au-delà de la polémique, révèle la crainte de certains citoyens d’être jugés avant même d’être entendus.