Le secrétaire d’État chargé des Eaux, Hamadi Habib, a appelé vendredi 29 mai 2026 à renforcer les préparatifs pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été, lors d’une réunion de suivi consacrée aux projets de développement dans les gouvernorats de Tunis et Ben Arous.
Le message se veut préventif : la situation hydrique s’est améliorée par rapport aux années de sécheresse récentes, mais la Tunisie reste vulnérable. Le manque de pluies significatives ces dernières semaines, la hausse des températures, l’évaporation et l’état du réseau de distribution maintiennent le système sous pression.
Des réserves meilleures, mais un équilibre fragile
Début mai, le taux de remplissage des barrages avait atteint environ 67%, avec des apports cumulés estimés à 1,56 milliard de mètres cubes depuis le début de l’année hydrologique — un niveau nettement supérieur à celui des dernières années.
Depuis, les températures montent et les réserves peuvent rapidement reculer sous l’effet de l’évaporation et de la consommation estivale. Les autorités n’ont pas communiqué, cette semaine, de chiffre national actualisé permettant de mesurer précisément l’évolution récente.
Cette amélioration contraste avec les années 2022-2024, marquées par des niveaux très bas. Elle ne signifie pas pour autant que la Tunisie est sortie du stress hydrique. Les ressources restent inégalement réparties entre les régions et les marges demeurent limitées dans plusieurs zones.
L’été, le vrai test pour le réseau
La saison estivale est traditionnellement la période la plus critique. La consommation augmente, les besoins d’irrigation s’intensifient et les fortes chaleurs accentuent les pertes par évaporation.
Hamadi Habib avait indiqué, le 30 mars 2026 sur Diwan FM, en marge de la signature de programmes de recherche consacrés aux ressources hydriques, que la Tunisie peut perdre en été près d’un million de mètres cubes d’eau par jour à cause de l’évaporation dans les barrages. Il avait précisé que ce volume équivaut à la consommation cumulée du Grand Tunis, de Nabeul, du Sahel et de Sfax.
À cette contrainte climatique s’ajoute la fragilité des infrastructures. Selon des données présentées en mars lors d’un forum à Hammamet, les pertes sur le réseau d’eau potable restent très élevées au niveau national, notamment en raison du vieillissement des canalisations et des défaillances techniques.
Sur les 59.000 km du réseau de la SONEDE, 14.000 km ont plus de cinquante ans, soit environ 24% du total. Plus de la moitié du réseau dépasserait également les trente ans.
C’est là que se joue une partie essentielle de l’été : même lorsque la ressource existe, son arrivée régulière au robinet dépend de la capacité du réseau à tenir.
Une amélioration à ne pas confondre avec une sortie de crise
L’été 2026 s’ouvre dans une situation moins critique que les années précédentes, sans être confortable pour autant. Les barrages offrent un répit, mais l’évaporation, les besoins agricoles, les disparités régionales et le vieillissement du réseau rappellent que disposer de l’eau ne suffit pas.
Encore faut-il la préserver, la répartir et l’acheminer sans rupture.
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