Face au vieillissement progressif des infrastructures, les autorités tunisiennes accélèrent le suivi technique des ouvrages d’art. La Présidence du gouvernement a annoncé que près de 850 inspections techniques approfondies ont été réalisées depuis 2016 à travers les différentes régions du pays, dans le cadre d’un programme périodique de surveillance des ponts et structures de génie civil. Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large couvrant environ 3800 ouvrages à l’échelle nationale.
Un parc vieillissant sous haute surveillance
Selon la réponse officielle adressée à une question écrite à l’Assemblée des représentants du peuple, le ministère de l’Équipement et de l’Habitat applique une méthodologie d’inspection continue destinée à programmer les travaux d’entretien, de renforcement ou de réhabilitation en fonction des enveloppes budgétaires disponibles.
Les autorités reconnaissent qu’il est naturel d’observer des signes de dégradation sur certains ouvrages construits depuis les années 1980, sous l’effet combiné des conditions climatiques, de l’intensification du trafic, de l’augmentation du tonnage des véhicules et de l’usure du temps. Ce constat replace la question de la maintenance préventive au cœur des priorités publiques.
Un chantier de modernisation avec le Japon
Dans cette logique, un projet de modernisation de la stratégie de maintenance des ponts est en cours depuis mai 2024, en coopération avec Agence japonaise de coopération internationale. Prévu sur trois ans, ce programme vise à introduire des outils modernes de gestion et d’anticipation.
Parmi les mesures annoncées figurent l’élaboration d’un guide national de référence pour l’inspection des ponts ; la mise en place d’un manuel technique de réparation et d’entretien ; le développement d’un système d’information dédié au suivi des ouvrages d’art.
L’objectif est de disposer d’un suivi plus précis de l’état des ponts afin de hiérarchiser les urgences d’intervention de manière objective.
Prévenir plutôt que réparer
Au-delà des chiffres, cette campagne révèle surtout un changement d’approche : passer d’une logique de réparation après dégradation à une culture de maintenance préventive structurée. Pour un pays qui dispose d’un parc important d’ouvrages routiers, l’enjeu est autant sécuritaire qu’économique, car une défaillance sur un pont stratégique peut rapidement perturber la mobilité, la logistique et l’activité régionale.
Cette orientation vers une gestion plus scientifique des infrastructures pourrait ainsi devenir l’un des leviers majeurs de la modernisation du réseau routier tunisien.