Une réunion de travail consacrée aux préparatifs de la 47e édition du Festival international du film du Caire s’est tenue au siège du ministère de la Culture égyptien, à Zamalek, avec le ministre Ahmed Fouad Hanno, le président du festival Hussein Fahmy et l’équipe dirigeante du CIFF. Prévue du 11 au 20 novembre 2026, cette prochaine édition fait l’objet de discussions engagées dès le début de l’année, dans un contexte où le festival cherche à consolider son fonctionnement autant que son positionnement.
La rencontre s’est déroulée en présence de Mohamed Tarek, directeur artistique du festival, Zein El-Abedin Khairy, directeur du centre de presse, Mohamed Sayed Abdel Rahim, directeur de Cairo Industry Days, Neven Elzohairy, directrice de la presse visuelle et audiovisuelle, ainsi que Tamer Zaki, responsable de la production. Cette composition élargie traduit la volonté d’aborder les préparatifs de manière transversale, en associant les différents pôles qui structurent aujourd’hui le festival, de la programmation artistique aux dimensions industrielles, médiatiques et logistiques.
Les échanges ont porté sur les grandes lignes de la 47e édition, mais surtout sur un retour détaillé concernant les difficultés rencontrées lors de l’édition précédente. Il s’agissait d’identifier précisément les obstacles et les dysfonctionnements afin d’en tirer des enseignements concrets, et de mettre en place des mécanismes et des solutions destinés à éviter leur répétition. Cette approche vise à garantir une édition à la hauteur du statut du festival et de l’histoire du cinéma égyptien, en renforçant la cohérence et la solidité de son organisation.
Dans ce cadre, le rôle du ministère de la Culture apparaît central. Ahmed Fouad Hanno a réaffirmé que l’ensemble des ressources et des secteurs relevant de son ministère seraient mobilisés pour accompagner le Festival international du film du Caire, tant sur le plan logistique que technique. Le CIFF est présenté comme un instrument relevant directement du soft power égyptien, dont le rayonnement dépasse le seul champ cinématographique. Le maintien de son leadership régional et le développement constant de ses outils organisationnels sont ainsi posés comme des objectifs stratégiques, afin que le festival continue d’apparaître dans une forme conforme à son long héritage et à sa place de plus grand festival de la région.
Du côté de la direction du festival, Hussein Fahmy a souligné l’importance du soutien apporté par le ministère de la Culture. Il a rappelé que l’ambition de la 47e édition ne se limite pas à la présentation de projections cinématographiques de qualité, mais s’inscrit dans une démarche plus large visant à élever le niveau de l’infrastructure organisationnelle du festival. L’objectif affiché est d’aligner le fonctionnement du CIFF sur les standards internationaux les plus récents, en tenant compte des exigences liées à son statut et à sa visibilité internationale. Le travail engagé dès le début de l’année s’inscrit dans l’élaboration d’une stratégie intégrée, pensée pour éviter les difficultés passées et renforcer durablement le rôle du festival en tant que plateforme internationale de soutien à l’industrie cinématographique.
Cette exigence est d’autant plus forte que le Festival international du film du Caire conserve un statut singulier dans le paysage régional et international. Il demeure le seul festival du monde arabe et d’Afrique accrédité en catégorie « A » par la Fédération internationale des associations de producteurs de films (FIAPF), basée à Paris, un cercle restreint qui regroupe une quinzaine des plus grands festivals internationaux. Cette reconnaissance implique un niveau de responsabilité particulier, tant en matière de sélection artistique que de qualité organisationnelle et d’accueil des professionnels.
La présence, lors de cette réunion, des responsables du centre de presse, de Cairo Industry Days, de la presse visuelle et audiovisuelle et de la production souligne par ailleurs l’importance accordée aux dimensions professionnelles et industrielles du festival. Au-delà de l’événement public et des projections, le CIFF entend affirmer son rôle de lieu de rencontres, d’échanges et de structuration pour la filière cinématographique, dans un contexte international de plus en plus concurrentiel.
Au-delà de cette réunion, la démarche engagée autour de la 47e édition du Festival international du film du Caire rappelle ce qui constitue, en réalité, le fonctionnement normal d’un grand festival international. La préparation d’une édition ne commence pas quelques mois avant son ouverture, mais dès la clôture de la précédente, dans une logique de continuité, de transmission et de travail au long cours. C’est à cette condition que peuvent être identifiés les dysfonctionnements, corrigées les erreurs, et consolidées les structures indispensables à la crédibilité d’un événement de cette envergure.
Cette manière de travailler, fondée sur l’anticipation et la stabilité des équipes, renvoie plus largement aux modèles de gouvernance qui permettent aux grands festivals de s’inscrire dans la durée. Elle invite à s’interroger sur les cadres institutionnels dans lesquels évoluent d’autres rendez-vous historiques de la région, confrontés à des contraintes structurelles différentes.
Les Journées cinématographiques de Carthage, par exemple, plus ancien festival d’Afrique et du monde arabe, continuent malheureusement de fonctionner sans bureau permanent ni présidence inscrite dans la durée. Lorsque la désignation d’un président intervient neuf ou dix mois seulement avant le début du festival, que celui-ci doit constituer une équipe dans l’urgence et ne peut engager un travail effectif que tardivement, la marge de manœuvre se trouve nécessairement réduite. La question d’une présidence inscrite sur plusieurs années, à l’image de ce qui se pratique au Festival international du film du Caire, apparaît dès lors comme un enjeu central : elle seule permettrait de dégager une vision, de définir une politique cohérente et de disposer du temps nécessaire pour la mettre en œuvre.
La question qui se pose alors n’est pas celle des personnes, ni des compétences mobilisées, mais celle du temps et de la stabilité institutionnelle accordés au travail de fond. C’est précisément ce temps long et cette continuité que le Festival international du film du Caire cherche aujourd’hui à inscrire au cœur de son mode de fonctionnement, à travers les préparatifs engagés pour sa 47e édition.
Neïla Driss