Il fallait oser. En intégrant Benjamin Netanyahu à son Board of Peace, Donald Trump ne se contente pas de provoquer la communauté diplomatique internationale. Il vide le mot “paix” de toute substance et entérine un basculement moral majeur, dont les implications dépassent largement Gaza.
Il ne s’agit plus d’un débat technique sur l’efficacité d’un nouvel organe, ni même d’une querelle institutionnelle avec l’Organisation des Nations unies. Il s’agit d’un fait politique brut : un dirigeant au cœur d’accusations massives de crimes de guerre et de génocide est désormais appelé à siéger au nom de la paix. À ce stade, la contradiction n’est plus discutable. Elle est constitutive du projet lui-même.
Quand l’accusé devient arbitre
Gaza est ravagée par une agression d’une ampleur sans précédent, dont Netanyahu est le chef politique central. Les images, les bilans humains, les enquêtes internationales, les procédures judiciaires en cours et les accusations formulées par de nombreuses organisations ont inscrit son nom au centre d’une controverse mondiale. Et pourtant, c’est ce même homme que l’on installe aujourd’hui à la table censée organiser la reconstruction, la gouvernance et la stabilisation de l’enclave.
Ce n’est pas une dérive. C’est un renversement assumé. Dans cette architecture, la responsabilité n’est plus un obstacle moral ou politique : elle devient un capital de pouvoir. Celui qui a conduit la guerre n’est ni récusé ni tenu à distance du processus de paix ; il en devient l’un des visages officiels.
Aucune institution prétendant à une quelconque crédibilité morale ne pourrait survivre à une telle confusion des rôles. Ici, elle est revendiquée comme principe fondateur.
Un “Board of Peace” hors droit, hors ONU
Le Board of Peace est une initiative lancée par Donald Trump en dehors de tout cadre multilatéral existant. Il ne repose à ce stade sur aucun mandat onusien, aucune résolution internationale, aucun mécanisme juridique contraignant. Présenté comme un organe chargé de superviser la gouvernance, la reconstruction et la mobilisation de financements pour Gaza, il fonctionne par invitation directe, sous contrôle politique américain, sans règles claires de responsabilité ou de reddition de comptes.
Trump a lui-même affirmé que ce conseil pourrait, à terme, se substituer à l’ONU, actant une diplomatie débarrassée de ses contraintes : pas de droit international contraignant, pas de hiérarchie entre agresseur et victime, pas de mécanismes de justice. Seulement des rapports de force, des invitations sélectives et une paix administrée par cooptation.
La liste des invités, révélatrice d’une fracture
La composition du Board of Peace éclaire la nature réelle du projet. Ont accepté de rejoindre l’initiative Israël, le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahreïn, la Hongrie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Vietnam.
À l’inverse, plusieurs États ont refusé ou exprimé de fortes réserves, notamment la France et l’Irlande, invoquant le risque d’un dispositif concurrent de l’ONU et incompatible avec le droit international.
Plus troublant encore, la Russie et la Chine figurent parmi les pays invités, malgré leur implication directe dans des conflits majeurs. Une composition qui révèle moins une coalition pour la paix qu’un alignement politique hétéroclite, uni par le rejet des contraintes multilatérales.
Gaza sans justice, Gaza sans rupture
Pour les Palestiniens, le message est d’une brutalité limpide. La reconstruction de Gaza ne s’ouvre ni sur une reconnaissance des crimes, ni sur une rupture politique, ni sur une quelconque perspective de justice. Elle s’inscrit dans une continuité reconditionnée, où les mêmes acteurs et les mêmes logiques de domination sont simplement rebaptisés.
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