Le cinéma tunisien sera présent au plus haut niveau de la sélection berlinoise en 2026 avec À voix basse, le nouveau long métrage de Leyla Bouzid, retenu en compétition officielle. Le film y fera sa première mondiale lors de la 76e édition de la Berlinale, qui se tiendra du 12 au 22 février 2026.
Réunissant Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau et Feriel Chamari, ce troisième long métrage marque un moment décisif dans le parcours de la réalisatrice tunisienne. Pour la première fois, l’un de ses films accède à la compétition officielle de l’un des grands festivals de catégorie A, une étape qui élargit considérablement la portée internationale de son travail.
Le récit suit Lilia, qui revient en Tunisie pour les funérailles de son oncle. Installée à Paris, elle retrouve une famille qui ignore tout de sa vie actuelle, et en particulier de sa vie amoureuse. Ce retour contraint dans un cadre intime chargé de silences et de conventions la pousse à affronter des secrets longtemps enfouis. En cherchant à comprendre les circonstances de la mort soudaine de son oncle, Lilia engage une enquête à la fois personnelle et familiale, qui la confronte aux non-dits, aux tensions internes et aux zones d’ombre d’un passé qu’elle croyait clos.
C’est dans une publication mise en ligne sur son compte Facebook que Leyla Bouzid a réagi à l’annonce de la sélection. Elle y évoque son « immense fierté » de voir À voix basse retenu en compétition officielle à Berlin, remercie l’ensemble de l’équipe du film — producteurs, comédiennes et comédiens, techniciennes et techniciens — et dit son impatience de partager bientôt le film avec le public. Elle y adresse également une pensée à sa mère, Najette Khéfacha, disparue avant le tournage, mais qu’elle dit avoir sentie omniprésente tout au long de la fabrication du film.
Formée entre la France et la Tunisie, Leyla Bouzid s’est révélée en 2015 avec À peine j’ouvre les yeux, présenté en première mondiale à la Mostra de Venise dans la section Giornate degli Autori. Le film y avait remporté le Prix Label Europa Cinemas, avant de connaître une importante carrière internationale. Il avait notamment été distingué aux Journées cinématographiques de Carthage, où il avait obtenu le Tanit de bronze, le Prix FIPRESCI et le Prix TV5 Monde, ainsi qu’au Festival international du film de Dubaï, où il avait remporté le Muhr d’or du meilleur film. Ce premier long métrage, centré sur une jeune chanteuse à la veille de la révolution tunisienne, s’était imposé comme l’un des films arabes les plus remarqués de sa génération.
Leyla Bouzid a ensuite réalisé Une histoire d’amour et de désir, présenté en 2021 à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Le film avait poursuivi sa trajectoire internationale en étant notamment sélectionné au Festival du film francophone d’Angoulême, où il a remporté le Valois de diamant, ainsi que l’Étalon de bronze au FESPACO 2021.
Le film, centré sur la relation entre deux étudiants, un jeune Français d’origine algérienne et une jeune Tunisienne à Paris, abordait les tensions entre désir, héritage culturel et construction identitaire. Ce deuxième long métrage s’inscrivait dans la continuité de son travail autour de l’identité et de la transmission dans un contexte franco-maghrébin contemporain.
Avec cette sélection en compétition officielle à Berlin, À voix basse entre d’emblée dans un espace où se joue une part décisive de la trajectoire internationale d’un film : sa réception critique, sa visibilité médiatique et ses perspectives de circulation sur les marchés et dans les festivals. La première mondiale berlinoise constituera ainsi un moment clé, non seulement pour Leyla Bouzid, mais aussi pour la présence du cinéma tunisien dans l’un des principaux carrefours de l’industrie cinématographique mondiale. Il ne reste désormais plus qu’à souhaiter bonne chance au film et à sa réalisatrice pour cette étape déterminante de son parcours.
Le film sortira dans les salles tunisiennes à partir du 29 avril 2026.
Neïla Driss