Le rappeur tunisien Karim Gharbi, plus connu sous le nom de K2Rhym, continue de faire parler de lui bien au-delà de la scène musicale. Après une carrière marquée par la musique, l’entrepreneuriat et une tentative de percée politique, il s’est lancé dans un nouvel acte médiatique : la sortie du film I Am K2, présenté comme une production cinématographique portée par lui-même en tant qu’acteur principal mais aussi sur l’ère Ben Ali.
Ce qui aurait pu n’être qu’une simple initiative artistique se transforme pourtant en événement controversé. La promotion du film à Dubaï, à l’occasion de l’événement désormais médiatisé intitulé « La Tunisie dans le ciel de Dubaï », a vu la présence de plusieurs influenceurs tunisiens invités spécialement pour l’occasion. Ces présences n’ont pas seulement servi à attirer l’attention sur la projection : elles ont aussi déclenché une réaction critique publique.
La députée tunisienne Fatma Mseddi a vivement dénoncé cet usage des réseaux sociaux et de figures populaires pour promouvoir l’événement. Elle s’est interrogée sur les conditions financières de l’opération, notamment : qui a financé les voyages et l’hébergement des influenceurs ? s’il s’agissait de partenariats commerciaux déclarés ou de dépenses personnelles et si ces engagements respectaient les obligations fiscales et de change ?
Un échec judiciaire retentissant
Pour certains observateurs, ces questions ne sont pas anodines : elles interviennent dans un contexte où K2Rhym lui-même reste une figure publique controversée. En 2024, il s’était présenté comme candidat à l’élection présidentielle tunisienne, un projet largement relayé sur les réseaux sociaux dans lequel il prétendait proposer des idées économiques et sociales pour le pays.
Cependant, cette tentative politique s’est soldée par un échec judiciaire retentissant. En août 2024, le tribunal de première instance de Jendouba l’a condamné par contumace à quatre ans de prison et à une interdiction à vie de se présenter à une élection, à la suite d’accusations liées à l’achat de parrainages pour sa candidature.
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Cette condamnation a renforcé la perception, chez certains critiques, que les opérations médiatiques, y compris la promotion du film, pourraient servir aussi à redorer une image écornée : transformer une personnalité controversée en un symbole de succès culturel, voire de masse, plutôt que d’être perçue comme une sanction politique.
Acte stratégique de communication ?
Les intentions réelles de K2Rhym continuent d’être débattues : est-ce une démarche purement artistique visant à partager une expérience personnelle ? Ou bien un acte stratégique de communication, cherchant à entretenir une influence ou une base de soutien populaire en marge des voies politiques classiques ? Les critiques comme Fatma Mseddi estiment que les moyens mobilisés et les réseaux impliqués doivent être clarifiés, pour s’assurer de la transparence de telles initiatives.
Ce questionnement n’est pas nouveau : depuis plusieurs années, K2Rhym oscille entre actions caritatives, engagements publics et initiatives médiatiques, créant une figure difficile à classifier – rappeur, entrepreneur, philanthrope ou opportuniste politique. Les interrogations sur l’origine de ses ressources, sur sa place réelle dans le champ politique tunisien et sur l’usage des réseaux sociaux pour modeler son image sont régulièrement mises en avant par ses détracteurs.
Pour l’heure, I Am K2 continue d’être un point de ralliement médiatique, attirant l’attention sur un personnage qui refuse de passer inaperçu – et qui semble déterminé à exploiter toutes les plateformes disponibles pour rester dans la conversation publique, que ce soit par la musique, le cinéma ou la politique. Leur réception auprès de l’opinion tunisienne, elle, reste un terrain de débats ouverts.
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